Comme toujours, l’or ne brille pas pour tout le monde
En furetant sur le net, je tombe sur cette déclaration d’Abdoulaye Baldé, ministre sénégalais des mines : « Si la flambée des prix des matières premières fournit une occasion exceptionnelle aux pays africains dotés de ressources minières de bénéficier de la manne provenant de l’essor des prix, en réalité, la plupart des pays africains est perdante ». Il l’a faite en plein mois d’août 2011. A croire qu’il l’a fait exprès !
C’est tout de même fort du café. L’or se ballade à des hauteurs himalayesques et ce n’est pas tout le monde qui est heureux. Les actionnaires affichent un sourire Colgate des gens surpris (mais pas gênés) par tant de chance. Par contre, L’État sénégalais, burkinabè, malien ou ghanéen et leurs populations riveraines, carburent toujours à l’ordinaire, leur régime et leur condition n’ayant pas changé.
Pour ces deux « parties prenantes » (comme on dit dans le jargon branché et creux du développement durable), il y a tout de même une différence de taille : l’État est au courant de sa lamentable déconfiture. En témoigne la pitoyable déclaration du « ministron » sénégalais. Les communautés, elles, pas encore. Normal, personne ne songe à leur filer « la bonne nouvelle du jour ». Réflexion faite, peut-être, est-ce mieux ainsi : «ce que tu ignores, ne peut te faire mal».
L’or respire la très grande forme. Sur le marché, ce n’est plus une flambée des prix mais un véritable feu d’artifice : une moyenne largement supérieure à 1 750 dollars l’once ces derniers mois ; la balance des coûts d’exploitation pour le secteur aurifère (au Burkina) affiche un maxima de 600 dollars l’once de l’autre côté. Au moins 500 000 FCFA de différence, juste du fait de la hausse du cours.
De Montréal (Semafo) à Toronto (où est cotée la plupart des compagnies minières actives au Burkina) ou Londres (Avocet), le champagne coule à flot. Toutefois, les actionnaires n’ont pas la générosité facile. Ni la reconnaissance de la « terre » (à défaut de celle du ventre). La flamboyance du cours de l’or n’a pas d’impact sur l’enveloppe financière dévolue au développement durable. La grande majorité des compagnies minières indexent en effet leur effort de contribution sur le volume extrait et non pas sur les revenus tirés. La grosse ficelle. Les grands discours, les déclarations la main sur la poitrine, ça elles savent le faire. Mais quand il faut passer à la casserole, elles sont invisibles.
Les actions en faveur des communautés locales sont toujours « riquiqui ». Elles sont surtout marquées du sceau insidieux du paternalisme : « … et vient que je te finance une école, un centre de santé, que j’offre des machines-outils pour les femmes, que j’érige un centre de loisirs pour les jeunes, etc. ». Encore et toujours, les sociétés minières décident quoi faire, quoi donner, comment donner. Pas si folles ou bêtes, elles sauvent les formes en mettant sur pied des cadres de concertation, de discussions. Mais au final, quel que soit le mode d’expression choisi, ce sont elles qui ont le cordon de la bourse. « Celui qui paye, c’est celui qui a le dernier mot », dit-on.
Les communautés locales devraient demander à ces dirigeants (tant publics que privés) pourquoi la valeur de l’or a été multipliée par 4 et elles, elles croupissent toujours dans la misère. Pis, personne ne les informe. La responsabilité sociétale c’est aussi cela : la transparence, le respect et le sens de l’éthique.
](http://walidhicham.files.wordpress.com/2011/10/balde_512.jpg?w=600)