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Comme toujours, l’or ne brille pas pour tout le monde

octobre 24, 2011 Laisser un commentaire
Abdoulaye Baldé, ministre sénégalais des mines, reconnaît que le continent se fait avoir dans les contrats signés avec les compagnies minières. Il est vraiment très inspiré ! (DR)

En furetant sur le net, je tombe sur cette déclaration d’Abdoulaye Baldé, ministre sénégalais des mines : « Si la flambée des prix des matières premières fournit une occasion exceptionnelle aux pays africains dotés de ressources minières de bénéficier de la manne provenant de l’essor des prix, en réalité, la plupart des pays africains est perdante ». Il l’a faite en plein mois d’août 2011. A croire qu’il l’a fait exprès !

C’est tout de même fort du café. L’or se ballade à des hauteurs himalayesques et ce n’est pas tout le monde qui est heureux.  Les actionnaires affichent un sourire Colgate des gens surpris (mais pas gênés) par tant de chance. Par contre, L’État sénégalais, burkinabè, malien ou ghanéen et leurs populations riveraines, carburent toujours à l’ordinaire, leur régime et leur condition n’ayant pas changé.

Pour ces deux « parties prenantes » (comme on dit dans le jargon branché et creux du développement durable), il y a tout de même une différence de taille : l’État est au courant de sa lamentable déconfiture. En témoigne la pitoyable déclaration du « ministron » sénégalais. Les communautés, elles, pas encore. Normal, personne ne songe à leur filer « la bonne nouvelle du jour  ». Réflexion faite, peut-être, est-ce mieux ainsi : «ce que tu ignores, ne peut te faire mal».

L’or respire la très grande forme. Sur le marché, ce n’est plus une flambée des prix mais un véritable feu d’artifice : une moyenne largement supérieure à 1 750 dollars l’once ces derniers mois ; la balance des coûts d’exploitation pour le secteur aurifère (au Burkina) affiche un maxima de 600 dollars l’once de l’autre côté. Au moins 500 000 FCFA de différence, juste du fait de la hausse du cours.

De Montréal (Semafo) à Toronto (où est cotée la plupart des compagnies minières actives au Burkina) ou Londres (Avocet), le champagne coule à flot. Toutefois, les actionnaires n’ont pas la générosité facile. Ni la reconnaissance de la « terre » (à défaut de celle du ventre). La flamboyance du cours de l’or n’a pas d’impact sur l’enveloppe financière dévolue au développement durable. La grande majorité des compagnies minières indexent en effet leur effort de contribution sur le volume extrait et non pas sur les revenus tirés. La grosse ficelle. Les grands discours, les déclarations la main sur la poitrine, ça elles savent le faire. Mais quand il faut passer à la casserole, elles sont invisibles.

Les actions en faveur des communautés locales sont toujours « riquiqui ». Elles sont surtout marquées du sceau insidieux du paternalisme : « … et vient que je te finance une école, un centre de santé, que j’offre des machines-outils pour les femmes, que j’érige un centre de loisirs pour les jeunes, etc. ». Encore et toujours, les sociétés minières décident quoi faire, quoi donner, comment donner. Pas si folles ou bêtes, elles sauvent les formes en mettant sur pied des cadres de concertation, de discussions. Mais au final, quel que soit le mode d’expression choisi, ce sont elles qui ont le cordon de la bourse. « Celui qui paye, c’est celui qui a le dernier mot », dit-on.

Les communautés locales devraient demander à ces dirigeants (tant publics que privés) pourquoi la valeur de l’or a été multipliée par 4 et elles, elles croupissent toujours dans la misère. Pis, personne ne les informe. La responsabilité sociétale c’est aussi cela : la transparence, le respect et le sens de l’éthique.

Session de rattrapage

octobre 11, 2011 2 commentaires

Une actualité professionnelle compliquée, une connexion internet qui a ses vapeurs, je mélange le tout, cela donne un retard à l’allumage dans l’actualisation du blog. Désolé. Revue de quelques événements qui m’ont interpellé.

La graine a germé : deux africaines Prix Nobel de la Paix : Dans le même souffle, les deux femmes libériennes Helen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee se voient décernées le prix Nobel de la Paix 2011. Cela met du baume au cœur quelques jours après la disparition de la militante écologiste Wangari Muta Maathai. Première femme africaine à recevoir ce prix, on peut dire que la graine que Wangari a planté a bien germé. Mille fois merci à elle. Quelle plus belle récompense que de voir que d’autres suivent sa trace. Après le Ghana (Kofi Annah), le Libéria est donc le deuxième pays d’Afrique de l’ouest à accueillir de telles lauréates. A noter que ce prix intervient après la réception du Nobel Alternatif par Jacqueline Moudeina. Trois femmes sur le podium. Sans commentaires !

Wade tout feu tout flamme : Abdoulaye Wade, le président sénégalais doit détenir un bien singulier record : celui du nombre de ministres nommés. En 10 ans de magistère wadien (2000 à juin 2010), un journaliste sénégalais donnait le chiffrage de 122 ministres (dont 6 Premiers ministres). Un an après, la tendance est toujours haussière. D’autres ministres se sont rajoutés. Ce dernier week-end, c’est le titulaire du portefeuille du sport qui est passé à la trappe : le 7ème  en 11 ans. Les prédécesseurs de Wade à côté sont des modèles de stabilité. Senghor : 78 ministres dont 1 Premier ministre en 20 ans. Abdou Diouf : 109 ministres dont 4 Premiers ministres en 20 ans aussi. Cette instabilité est curieuse : elle concerne tout et tout le monde. Son tsunami a même emporté son « fils d’emprunt » Idrissa Seck. Tout ? Que non ! Elle n’affecte pas son couple. Il n’a jamais changé de femme ou pris de 2ème épouse (ce qui au Sénégal est un exploit). Déroutant cet Abdoulaye  (et chapeau bas) ! A moins que Viviane ne soit son médicament !

Abdou Diouf la gaffe : Sénégal toujours où Abdou Diouf vole au secours de l’hypra-ministre, fils de … Pour l’actuel secrétaire général de la francophonie, il n’y a aucun mal à voir Karim Wade étreindre tant de portefeuille. Lui-même du temps de Senghor était un hyper-ministre. L’argument se veut recevable et charitable. Il est pour autant disqualifié. Nous sommes en 2011. Plus dans les années 70. Ce qui était acceptable, admissible ou toléré avant ne l’est plus maintenant. Autres temps, autres mœurs. Pour une fois que l’ancien président sénégalais se mêle de politique intérieure, il enfonce plus qu’il ne vole au secours. Il faut toujours tourner 7 fois la langue dans la bouche avant de parler nous disait-on !


En attendant, la lessiveuse tourne à plein régime

septembre 10, 2011 Laisser un commentaire

1 119 milliards de FCFA douteux ! C’est énorme et c’est au Sénégal que cela se passe d’après la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) dans son rapport 2010 sur le blanchiment d’argent. 1119 milliards de FCFA, c’est tout simplement un peu plus de la moitié du budget de l’État Sénégal, 17% du PIB, 63% de la dette extérieure. Les secteurs qui servent de lessiveuse sont classiques : immobilier, transferts d’argent, BTP, etc. Paul Antoine Decraene, attaché de coopération « État de droit et gouvernance locale » à l’Ambassade de France au Sénégal estime de son côté que « le total des montants blanchis dans les pays de l’UEMOA dépasse largement les budgets cumulés de tous les États de cette union ». Qui sont ces personnes qui blanchissent ? Tout le monde sait ou pense savoir. Il serait temps qu’une loi sur le délit d’apparence soit promulguée. Quand on voit le saut sans élan (sur le plan social) de ceux qui accèdent aux manettes de l’État, il y a de quoi occuper des hordes d’inspecteurs (qui se tournent les pouces à ne savoir quoi faire). Il serait tout aussi salvateur que le parquet ait la capacité de s’autosaisir en toute indépendance, afin de mener enquête. Vœux pieux, je sais. Nos États font toujours des bulles autour de cette question, renâclant à l’aborder de front. Au vu des liens avérés entre blanchiment et terrorisme, n’est-il pas déjà un peu tard ?