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De l’irresponsabilité sociétale des minières à l’implication collective de tous

janvier 8, 2012 Laisser un commentaire

Les petites mains des sociétés minières s’activent dru pour mettre « la main » à la galette annuelle présentant leurs  interactions avec les stakeholders, leur performance sociétale. Il y a, bien entendu et c’est heureux, de belles choses qui se font. A l’instar de ce que fait Semafo à l’endroit des femmes.

Encore une fois, sans me tromper, le prisme de lecture sera économique : nombre de projets appuyés, flux financiers directement injectés dans l’économie locale, nombre de constructions, de bourses délivrées, etc. Bref du quantitatif « pur et dur », directement issu d’une ligne de pensée que ne renieraient nullement Banque mondiale et autres soi-disant Partenaires techniques et financiers (PTF).  En clé de voûte, l’incontournable RSE (Responsabilité sociétale des entreprises).

Cette RSE est un véritable cube Maggi. Elle est convoquée dans tous les discours liés à des secteurs sensibles comme l’environnement ou le secteur minier. Elle a vocation à conférer un label de bonne conduite. S’en réclamer, c’est ipso facto se ranger du bon côté. Dans certains endroits du Burkina, elle a largement vacillé en 2011. Elle a été largement tailladée, versant dans l’irresponsabilité sociétale. Je pense à des minières comme Avocet où son concept de RSE épouse les traits de la propagande. Avocet utilise le Cyanure dans le cycle de production de l’or. Elle s’est néanmoins dispensée d’adhérer aux codes de conduite essentielles pour sa crédibilité, mais surtout pour la sécurité des autres. Peut-être que les citoyens de la province du Soum ne méritaient pas pareil honneur[1]. Sous d’autres cieux… !

Il y a d’autres manières de lire la performance sociétale : divulgation de l’information, équité dans les processus (recrutement, achats, etc.), gestion des conflits, consentement des communautés, qualité du dialogue avec les stakeholders, etc. La seule préoccupation qui vaille : comment s’assurer in fine que l’impact social et économique soit nettement positif pour les communautés ?

L’arrivée, le démarrage et l’exploitation d’une mine bouleversent les schémas au sein des communautés notamment en termes de pouvoir et d’avoirs économiques. Elle délégitimisme, remplace les pouvoirs et acteurs faibles, réticents ou dissidents par d’autres. Les liens sociaux en ressortent profondément déstructurés. Comment les restaurer ? C’est là un défi nullement présent dans la problématique des rédacteurs des rapports sur la performance sociale.

La communication des minières est éminemment contrôlée. Les discours à l’endroit des stakeholders hypra-rassurants et convainquant sur les risques. Il est normal que les minières produisent des rapports, vantant leurs performances. Il s’agit d’un exercice de relations publiques ou plutôt de propagande. De l’autre côté, l’État s’est dans les grandes largeurs pleinement défaussé. La mise sur pied d’une Chambre des mines ne répond pas aux préoccupations d’indépendance, de transparence et d’imputabilité. L’État devrait consacrer autant d’énergie à la création un organisme de régulation qui donnerait, par exemple, des bonus et des malus aux acteurs engagés dans le processus. L’État devrait faire en sorte que les rapports sur la performance sociale soient indépendants, et non pas le produit du département en charge de la question chez la minière.

Partant du constat que l’État sur cette question fait mauvaise route, nous nous attelons à donner notre contribution. Ce « nous » n’est pas un « nous » de majesté mais de concertation conduite entre plusieurs. Tout le monde est invité à nous rejoindre afin que d’ici la fin du premier semestre, nous ayons un outil opérationnel, indépendant, et utile. Car il est urgent de renverser les rapports. Notamment en terme de communication.


[1] Avocet est en passe (peut-être que cela est maintenant fait) de signer l’International Cyanide Management Code http://www.cyanidecode.org/

Comme toujours, l’or ne brille pas pour tout le monde

octobre 24, 2011 Laisser un commentaire
Abdoulaye Baldé, ministre sénégalais des mines, reconnaît que le continent se fait avoir dans les contrats signés avec les compagnies minières. Il est vraiment très inspiré ! (DR)

En furetant sur le net, je tombe sur cette déclaration d’Abdoulaye Baldé, ministre sénégalais des mines : « Si la flambée des prix des matières premières fournit une occasion exceptionnelle aux pays africains dotés de ressources minières de bénéficier de la manne provenant de l’essor des prix, en réalité, la plupart des pays africains est perdante ». Il l’a faite en plein mois d’août 2011. A croire qu’il l’a fait exprès !

C’est tout de même fort du café. L’or se ballade à des hauteurs himalayesques et ce n’est pas tout le monde qui est heureux.  Les actionnaires affichent un sourire Colgate des gens surpris (mais pas gênés) par tant de chance. Par contre, L’État sénégalais, burkinabè, malien ou ghanéen et leurs populations riveraines, carburent toujours à l’ordinaire, leur régime et leur condition n’ayant pas changé.

Pour ces deux « parties prenantes » (comme on dit dans le jargon branché et creux du développement durable), il y a tout de même une différence de taille : l’État est au courant de sa lamentable déconfiture. En témoigne la pitoyable déclaration du « ministron » sénégalais. Les communautés, elles, pas encore. Normal, personne ne songe à leur filer « la bonne nouvelle du jour  ». Réflexion faite, peut-être, est-ce mieux ainsi : «ce que tu ignores, ne peut te faire mal».

L’or respire la très grande forme. Sur le marché, ce n’est plus une flambée des prix mais un véritable feu d’artifice : une moyenne largement supérieure à 1 750 dollars l’once ces derniers mois ; la balance des coûts d’exploitation pour le secteur aurifère (au Burkina) affiche un maxima de 600 dollars l’once de l’autre côté. Au moins 500 000 FCFA de différence, juste du fait de la hausse du cours.

De Montréal (Semafo) à Toronto (où est cotée la plupart des compagnies minières actives au Burkina) ou Londres (Avocet), le champagne coule à flot. Toutefois, les actionnaires n’ont pas la générosité facile. Ni la reconnaissance de la « terre » (à défaut de celle du ventre). La flamboyance du cours de l’or n’a pas d’impact sur l’enveloppe financière dévolue au développement durable. La grande majorité des compagnies minières indexent en effet leur effort de contribution sur le volume extrait et non pas sur les revenus tirés. La grosse ficelle. Les grands discours, les déclarations la main sur la poitrine, ça elles savent le faire. Mais quand il faut passer à la casserole, elles sont invisibles.

Les actions en faveur des communautés locales sont toujours « riquiqui ». Elles sont surtout marquées du sceau insidieux du paternalisme : « … et vient que je te finance une école, un centre de santé, que j’offre des machines-outils pour les femmes, que j’érige un centre de loisirs pour les jeunes, etc. ». Encore et toujours, les sociétés minières décident quoi faire, quoi donner, comment donner. Pas si folles ou bêtes, elles sauvent les formes en mettant sur pied des cadres de concertation, de discussions. Mais au final, quel que soit le mode d’expression choisi, ce sont elles qui ont le cordon de la bourse. « Celui qui paye, c’est celui qui a le dernier mot », dit-on.

Les communautés locales devraient demander à ces dirigeants (tant publics que privés) pourquoi la valeur de l’or a été multipliée par 4 et elles, elles croupissent toujours dans la misère. Pis, personne ne les informe. La responsabilité sociétale c’est aussi cela : la transparence, le respect et le sens de l’éthique.

Mutinerie : L’or n’aime pas le bruit

avril 17, 2011 Laisser un commentaire

L’agitation militaire au Burkina a des impacts sur les compagnies minières qui y sont installées. Parmi les plus touchées, Semafo, la minière canadienne exploitant la mine de Mana. Au premier jour de la contestation de la garde présidentiellle, le titre de cette compagnie côté sur la Bourse de Toronto a connu un net repli. La réputation du Burkina comme pays stable a fait du pays, un endroit privilégié pour l’investissement minier. Ce coup de canif dans le pacte fait aux investisseurs sera nécessairement intégré dans leurs prochaines anticipations, renchérissant d’autant le risque Burkina.