J’écris dans le ventre du monde
Dernière semaine, dernière ligne droite, dernier pli hebdomadaire avant de tourner la page 2011. Quelques mots à la volée avant cette échéance.
Je blogue dans le ventre du monde. J’écris. Des mots comme des grains sacrificiels de riz jetés à la mer. Sans espoir de récolte. Juste une dérive qui se passe de commentaires. Ma dérive sur un blog ouvert pour faire pièce à mon inertie.
J’écris dans le ventre du monde, ce world wide web. Je suis enfant de ce monde, aîné du web et des blogs. Dans l’océan des égos, je réclame ma part. Je suis l’écrivain de mes douleurs. Le certificateur de mes certitudes. La vigie de mes tourments.
J’écris dans la violence de ce monde. Sa résonnance n’a jamais été la mienne. Sur la pointe des pieds, derrière l’écran, j’y entends y mettre ma dissonance. Y faire part de mes interpellations. De prétentions en ambitions, de clics furieux en écoute mal assumée, je me suis replié. Les choses vont trop vite. De mon assurance à l’insignifiance des choses écrites, et faites, j’ai fait le compte de ma suffisance.
Au gré du temps et des vents, je me suis disputé avec mon clavier. Il a rythmé mes pulsions, donné corps à mes idées. Et là, je l’ai délaissé. Les jours ont défilé, ma petite voix se faisait de moins en moins singulière, mais de plus en plus irrégulière. Les jours ont défilé implacablement, le monde, lui, inébranlable, a déroulé sa litanie. Celle qui tire source dans la nuit des temps et qui promet de couler dans nos veines jusqu’à la fin des temps.
Des supermen, usurpateurs aux infinies illusions, prévaricateurs de serments, victimes du glissement de sémantique et de la raison du plus odieux (cf. la guerre en Libye), aux dieux des stades, toujours plus fous, plus hauts, tout n’est qu’éphémère. Et tout a été disproportionné.
Le fauteuil présidentiel est tapissé d’une cigüe dont l’ingénu postérieur présidentiel se sent immunisé (parce qu’il est l’Élu). Le président en veut toujours plus. Un mandat, deux, puis trois, puis, il s’affranchit de toute pudeur : boulevard ouvert. Pourquoi se gêner.
Pour un Mali qui marche sur ses deux jambes, combien de Burkina, de Sénégal, de Cameroun, de Tunisie, d’Égypte, de Bénin (je le vois venir le Boni avec ses gros sabots), de Gambie, de Gabon, de Togo, et j’en passe ? Qu’ont-ils encore à nous donner, ces irréductibles, si ce n’est leur certaine déchéance physique au pouvoir ! Les images d’un corps sans vie que l’on traîne du côté de Syrte font exploser ma ligne de flottaison : « plus jamais cela ».
Tout n’est que prestidigitation. Tout n’est que théâtre. Dans les coursives, un monstre à plusieurs tête, maître es qualité de l’esbroufe et de l’entubage : l’occident si mal nommé « axe du bien ». Mais aussi, notre apathie générale. Qu’elle est palpable cette insignifiance.
2011, c’est aussi, un footballeur, enfant prophétique du Cameroun au prénom biblique qui s’élève au-dessus de la mêlée avec un revenu quotidien tiré de son activité principale (mettre la balle au fond d’un filet) de 35 millions de FCFA. Du sommet de mes prétentions et aspirations, j’ai le vertige. Je ne suis ni « l’élu », ni « choisi », ni « unique », ni membre d’une quelconque coterie ; je cumule à mon corps défendant tous les handicaps. Je suis ce petit moi qui surnage, qui résiste pis que la mauvaise herbe, vacillant devant mon impuissance à concevoir un demain au quotidien meilleur qu’aujourd’hui.
Ma parcelle de vérité qu’est ce blog est un champ décati. Je me suis pourtant promis d’y revenir. Je suis comme le paysan. Je suis le paysan en fait. Je sème à tout vent, ne sachant si les éléments seront cléments ; si la récolte, en bout de course, sera au rendez-vous. « Point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer », j’ai bien retenu la leçon de mes maîtres. Mes mots, ces petits mots, qui content mes douleurs, seront livrés, d’inégales périodicités, valeurs et humeurs. Livrés et comptabilisés. Car, tout se pèse. Tout se compte. Surtout l’insignifiance !