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Le cyanure tue. Ah bon, semblent nous dire le ministre et Avocet !

août 24, 2011 1 commentaire

Salif Kaboré, ministre des mines, des carrières et de l'énergie. DR

Salif Kaboré, ministre burkinabè des mines, est bien gentil mais ce n’est pas un politique (ce commentaire vaut en la matière pour son homologue titulaire du maroquin de l’environnement). Il y a peu, un camion transportant 40 tonnes de cyanure destiné à être employé à la mine d’or d’Inata opérée par Avocet se renverse les quatre fers à l’air dans le barrage alimentant Djibo, la capitale provinciale du Soum. Sous d’autres latitudes, c’est le ban et l’arrière-plan de la République qui auraient accouru sur le site. Mais pas au Burkina où juste un haussement de cils de la puissance publique a été perceptible ! 

L’accident n’a pas entraîné mort d’hommes mais a tout de même tué quelques poissons selon les riverains. Tant mieux ou tant pix, le ministre n’ayant pas de toutes les manières daigné honorer de sa présence le théâtre des opérations. Il est vrai que pour la saison, le confort de son bureau est sans commune mesure avec la route déglinguée menant à Djibo. Résultat, la responsabilité de la représentation politique a élégamment été déléguée aux services techniques présents sur le terrain.

Dieu que quelqu’un comme Salif Diallo manque dans le champ politique ! Un matois comme lui aurait flairé l’opportunité ; cerné les enjeux. Ni une, ni deux, il se serait crapahuté sur les rives du barrage de Djibo, imposant par sa présence l’autorité de l’État et la protection due aux citoyens. L’interview que Salif Kaboré a accordée le 19 août au quotidien Le Pays, il aurait dû la faire de Djibo.

Cet accident d’un camion transportant du cyanure sur le tronçon menant à Inata n’est pas le premier. Sera-t-il le dernier ? Attend-on qu’il y ait des morts pour que les représentants de la puissance publique daignent se mobiliser et se transporter sur les lieux ? Dans le domaine du transport de produits dangereux, le risque zéro est la ligne à ne pas franchir.

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Pendant que certains restent invisibles ou aphones, d’autres donnent de la voix.  Stephen David (il réside à Djibo) est l’un d’entre eux. Il a notamment consacré trois posts à ce drame, interpellant directement la direction de la Société minière de Bélahouro (SMB) basée à Londres.

Je vous traduis un extrait de la réponse d’Angela Parr, Directrice des relations avec les investisseurs : « SMB n’est en aucune manière contractuellement responsable dans l’acheminement du cyanure. Ceci est du ressort de Samsung. La responsabilité de SMB s’exerce à partir du moment où le cyanure arrive sur le site minier ». Plus loin, dans le post, nous apprenons que Brett Richards, PDG d’Avocet, va avoir une réunion de travail avec Samsung, afin que cette dernière ne rencontre plus d’accidents du genre.

Mouais ! Comme me disait ma prof à l’époque, « peux mieux faire ! »Je ferme mes yeux. J’imagine cette bande de hauts responsables d’une compagnie cotée en bourse ânonnant pareille réponse à Barack Obama (et là je pense fortement à l’accident BP survenu comme on le sait maintenant par mesure d’économie). Impossible n’est-ce pas ? Vous avez raison. Je peux réouvrir les yeux !

Rappelons encore une fois qu’il s’agit du 3ème accident reconnu par Avocet impliquant la même compagnie avec le même produit en moins de deux ans . Est-ce parce que celui-ci est publicisé qu’elle estime venu le temps d’aller à la rencontre de Samsung? Cette compagnie est dix mille fois plus réactive quand il s’agit de pallier toute défaillance du processus de production. Il est vrai que l’on touche pas au nerf de la guerre.

Ce qui est vraiment dommage dans cette affaire est qu’Avocet n’ait aucun cadre contraignant d’opération. Certes les règles existent mais elles pêchent dans leur application. De plus, la compagnie n’est pas partie prenante du Code sur le transport lié au Cyanure mis en place par l’ICMI (International Cyanide Management Institute). A part ses belles paroles, quels sont les gages de sûreté et de sécurité que donne Avocet ? Il y a là une opportunité pour Salif Kaboré pour faire briller son costume de technocrate. Et pour tout le monde de rappeler à Avocet ses devoirs !

Le blabla de la Société des mines de Bélahouro

avril 27, 2011 3 commentaires

Sur les marchés, l’or enfonce tous les records historiques. En une décennie à peine (depuis les attentas du 11-septembre 2001), sa valeur a connu un bond supérieur à 1 000 usd. Incroyable ! Et inestimée pour un pays comme le Burkina. La plupart des études de faisabilité ont basé leurs estimations sur un coût de production compris entre 300 et 550 usd.

On voit le profit généré par cette simple hausse mécanique, toute chose étant égale par ailleurs. Mais, car il faut bien un « mais », il y a comme quelque chose de pourri au royaume de l’or. Les compagnies exploitantes sont aux anges. L’État certainement s’il ne regarde que par l’œillère des recettes générées par la transaction. Les employés locaux ? Ils font grise mine. Ceux de Taparko mènent un bras de fer avec leur direction, mettant en balance le départ du Directeur des ressources humaines, Antoine Trados. Les populations ? Celles d’Inata ruent dans les brancards. Dans ce coin du Burkina, c’est peu dire que les relations communautaires sont plus que bancales. Rien ne va plus entre la  mine et ses « hôtes ». En moins d’une semaine, les populations se sont « levées » deux fois. La dernière, c’était hier mardi. De 02h du matin à 15h30, elles ont rappelé que la dignité résidait d’abord et avant tout dans le travail.

Le son de cloche de la Société des Mines de Bélahouro (SMB) est d’un classicisme désarmant et méprisant: « Circulez, il n’y a rien à voir ». Pourtant, son Directeur du développement durable, l’anglais Nick Shirley, et ses collègues sont déclarés persona non gratta. Comment travaillent-ils ? Quelle est alors leur utilité ? Quand il s’est agi de rassurer les marchés suite aux troubles de mars et d’avril, Avocet, l’actionnaire majoritaire de la SMB, a su pondre le communiqué qu’il fallait. Quand il faut être conforme à une certaine éthique et respecter ses promesses, elle disparaît des écrans radars. Après cela, elle sera un des premières à péronner dans les cénacles réservés aux investisseurs qu’elle fait de la responsabilité sociétale, la valeur cardinale de son action au Faso. Bien sûr, vive le blabla ! Mais le blabla ne sert pas de politique à long terme ; juste de cache-sexe pour les moins curieux.

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