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La « drôle de paix » en Côte d’Ivoire, 5 mois après la fin de la guerre

octobre 12, 2011 Laisser un commentaire
Vue aérienne d'Abidjan, quartier Plateau (Côte...

Abidjan, la capitale économique du pays, connaît une ambiance électrique (image via Wikipedia)

Le loup Gbagbo étant attrapé et envoyé au fond diable, la loupe grossissante des médias mainstream est partie ailleurs. Ils laissent la Côte d’Ivoire intra muros, entre « gens du pays ». Mais s’y rajoutent, les amis, voisins forcés et encombrants, concernés par la gestion du post-conflit électoral.

Les manchettes et les unes des médias ne relatent plus une atmosphère d’holocauste. Ce qui nous parvient comme informations, c’est un pays qui se remet en marche. J’aimerai bien croire à cette version. J’ai du mal à y souscrire. Sous la cendre, le feu couvre : la situation à l’interne est calamiteuse. En cause, l’impunité accordée aux vainqueurs et un sentiment d’un envahissement « nordiste ».

Dans le détail, cela donne un tableau peu reluisant. Police et gendarmerie aux abonnées absentes ; désarmées par le nouveau régime en place car trop inféodées au précédent. Armée régulière ou plutôt les lambeaux de l’armée régulière consignés ; trop peu fiable (pour rester charitable).

La nature ayant horreur du vide, les « Frères Cissé », nouvelle appélation tropicalisée des FRCI ou ex-rebelles, ont table ouverte sur Abidjan et les autres villes du pays. En d’autres termes et au programme des frères Rapetou : vols, rançons, pillages pour ce dont j’en suis certain. Ils agissent en toute impunité. Ils se baladent à bord des véhicules volés dont ils ont la coquetterie d’ôter les plaques d’immatriculation. A qui obéissent-ils ? A personne, sauf aux chefs de guerre.

Ces « chefs de guerre » parlons-en. Wattao, Chérif Ousmane, Zakaria Koné, Foffiés, Morou Ouattara, Touré Hervé dit Vetcho, etc. autant d’individus dont la quasi-totalité sont des criminels de guerre. Ils n’empêchent, eux aussi ne sont pas inquiétés. Au contraire, ils sont très proches des deux têtes de l’exécutif, ADO et Soro. Aux dernières nouvelles, ils connaissent même de singulières promotions qui en disent long sur leur capacité de nuisance.

Abidjan (pour ne m’en tenir qu’à la capitale économique) se gausse de ces nombreux ministres incompétents. Comme si cela ne suffisait pas, à grands renforts de tambours médiatiques, nous les avons vus signer une charte d’éthique. Là aussi, la quasi-totalité est loin, très loin, d’être probe ! Mais ces ministres ne sont pas dupes: leur présence au gouvernement répond à un souci d’équilibre politique. ADO à l’heure de la realpolitik. Il comprend vite.

La France. Ah la France, elle est occupée à évaluer son retour sur investissement. Les amis de Sarko étant les amis d’ADO (et vice-versa), c’est le défilé au tiroir-caisse de l’État ivoirien pour Guillaume Sarkozy (frère de…), Bolloré et Bouygues notamment. Quand on aime et que l’on est entre « frères », on ne compte plus, c’est bien connu !

Pas fou et tenant à protéger la poule aux oeufs d’or, le pays à l’emblème du coq, a attribué à ADO, un conseiller militaire : général de surcroit et pour faire bonne mesure. Las ! Le pauvre est largué : personne ne lui cause. Lui-même ne cause à personne. L’Afrique, il ne connaît pas. Alors la Côte d’Ivoire et ses subtilités… Quant aux forces françaises présentes sur le sol ivoirien, elles sont en proie au dédain des généraux ivoiriens. Leur pêché est mortel : elles ont à leur tête « un simple colonel ». On a connu plus misérables mais « zenfin » !

Que dire de l’ONUCI ? Reléguée aux oubliettes par le nouveau régime. ADO, Soro et les autres feignent d’oublier qui les avait consacré. L’ONUCI, « faiseur de roi », connaît l’amertume des lendemains de victoire. Dans la moiteur ivoirienne, son personnel se tourne les pouces et compte les mouches. A l’occasion, il se fait dribbler (c’est aussi une forme d’occupation, ne soyons pas négatif ou mesquin): ses élèves officiers de police ont reçu 20 ordinateurs: une semaine plus tard ces ordinateurs avaient tous été volés.

La Côte d’Ivoire connaît une « drôle de paix » vraiment pernicieuse. Un sursaut de lucidité quelque part ?

L’éthique version “forces nouvelles”

septembre 27, 2011 Laisser un commentaire

La Côte d’Ivoire a quitté le rayon « effroi, indignation et atrocités » avec la mise en hors-jeu politique de Laurent Gbagbo et de son clan. Du moins, c’est ce que nous disent « lémédias ». Leur regard est détourné et leur curseur est positionné du côté de la positivité : « Côte d’Ivoire » is back pour entonner leur slogan à la mode. Mouais ! Cet angélisme est déprimant. Tant de légèreté, affligeante.

Le nouveau pouvoir politique cherche ses marques. ADO multiplie les gestes : signature d’une charte d’éthique par ses ministres (curieusement, il s’en exempte), utilisation par l’administration ivoirienne de cartes magnétiques pour payer le carburant, renforcement des procédures de contrôle, etc. Si certaines ont un caractère folklorique, d’autres participent éminement à une volonté de bonne gouvernance. Et c’est tant mieux. Mais du côté de l’éthique, cela coince énormément. La Côte d’Ivoire est toujours plongée dans ses turpitudes. Le simple fait de continuer à composer avec certains membres de “l’ancienne rébellion” ruine les efforts et l’image que le nouveau président ivoirien veut donner.

Plusieurs organes d’information pointent l’enrichissement et les innombrables conflits d’intérêt des têtes pensantes de ce mouvement. Derniers exemples en date avec « La Lettre du Continent ». Selon, cette lettre confidentielle Guillaume Soro vient de se porter acquéreur d’une villa dans le quartier Riviera Beverly Hills (ce nom est déjà tout un indice), et d’un immeuble appartenant Thérèse Houphouët-Boigny à Cocody-Les deux plateaux (pas le coin le plus miséreux d’Abidjan là aussi). Question naïve : comment a-t-il eu tout cet argent, lui qui tirait littéralement le diable par la queue en 2002 ? Une enquête ne devrait-elle pas être diligentée s’il est vrai que la Côte d’Ivoire d’ADO se voudrait une « république irréprochable » ? Questions, questions, questions qui ne sont manifestement pas dans l’air du temps en terre d’Éburnie.

Le doigt ne doit pas être seulement pointé vers Guillaume Soro. Mais sur tout cette clique qui pullule dans le milieu de l’immobilier, la sécurité, la contrebande de carburant (entre le Burkina et le Mali), le trafic d’or, l’exportation de cacao et j’en passe. A la tête de ces divers trafics : Hervé Touré dit « Vecto », Chérif Ousmane « Papa Guépard », Mourou Ouattara « Atchiengue », Fofana Losseni « Loss », Issaka Ouattara « Wattao », Soumaïla Koné. Rien qu’à Séguéla (dans le nord), ce sont 10 milliards de FCFA estiment les Nations Unies qui sont perçus de manière indue.

La nouvelle Côte d’Ivoire et « lémédias » sont toujours dans une démarche à charge : les « mauvais » ont été mis hors jeu et les « bons » sont au pouvoir. Pis, tous ces « bonnes » gens de l’ex-rébellion devraient être décorées par ADO d’ici la fin de l’année. Consternant ! « Leur intégrité » n’en demandait pas tant !

ADO et Soro maîtres danseurs sont dans la place, HKB en embuscade.

août 30, 2011 Laisser un commentaire

ADO, Bédié, Soro, trois hommes et des coups fourrés (DR).

L’odeur qui se dégage des cuisines de l’exécutif ivoirien n’est pas des plus appétissantes. Elle a une senteur qui exhale la forte emprise de Guillaume Soro sur Alassane Dramane Ouattara (ADO). Et l’incapacité de ce dernier de s’en défaire. Face à l’empressement de bouter dehors l’enfant terrible de Mama, Laurent Ggagbo, toutes les alliances étaient admises ; surtout celles contre-nature.

L’épouvantail Laurent Gbagbo étant désormais hors de piste, le tête-à-tête inévitable entre les deux têtes de l’exécutif ivoirien ne peut que tourner à une bataille de positionnement. II ne peut y avoir qu’un capitaine en titre, quels que soient les liens d’amitié et/ou de sujétion. En politique, l’histoire des relations humaines est peuplée des reniements les plus spectaculaires. C’est d’un classique désespérant !

Le départ de « l’administration Gbagbo » et son remplacement par « celle » d’ADO (conglomérat épars de forces diverses et souvent opposées) n’a pas fait disparaître l’économie de prélèvement à laquelle se livraient les dites « ex-forces rebelles » dans le nord. Bien au contraire ! Les choses continuent comme si rien n’a changé. Elles se sont même aggravées puisque le rayon d’action concerne désormais tout le pays. Arrivés au pouvoir, les membres de « l’ex-rébellion » se livrent à une véritable économie de prédation ; en témoigne le partage de la capitale économique Abidjan entre les « com zone ».

Cette appétence pour l’argent des nouveaux venus déconcertent. Beaucoup de citoyens, amers, observent avec circonspection la course aux strapontins lancée par le nouveau pouvoir ; se demandant quand cette politique d’exclusion va enfin prendre fin ; car d’Henry Konan Bédié à Laurent Gbagbo, la république de Côte d’Ivoire n’a pas fait la preuve en la matière qu’elle coptait les fils et les filles les plus méritants. En dépit des dénégations, le pli est toujours là !

ADO a beau taper du pied, s’énerver, menacer, il se heurte à une indifférence « polie » de son premier ministre. Sous la couverture, de la friture également entre les dites « ex-forces rebelles » et l’armée régulière. Et puis… Et puis… Il y a entre les deux hommes, un contentieux. Cette terrible affaire : l’assassinat d’Ibrahim Coulibaly. IB, l’ancien garde du corps, exécuté sur l’autel d’intérêts mal placés.

IB, un cadavre qui devrait ressortir du placard (DR)

Quelles sont les marges de manœuvre du président ivoirien ? Derrière Soro, ce qui inquiète et consterne, c’est la puissance de feu des forces de « l’ex-rébellion » alliée à son manque d’éthique. Au vu de ce qui se passe, un doute pudique est émis quand au véritable moteur du soulèvement de septembre 2002.

Comment évacuer ce Soro et sa bande sur qui pèsent de lourds soupçons (doux euphémismes). Ce sont tout sauf des enfants de chœur. C’est là qu’il est intéressant de noter la manœuvre des cercles concentriques. Des tiers non-ivoiriens (comme d’hab’) sont à la baguette pour donner les premiers coups. « Discrètement » – des échos parviennent à qui veut bien prêter l’oreille-, les Laurel et Hardy de l’ingérence (France et États-Unis) sont à pied d’œuvre pour faire gicler Soro and co. Laurel et Hardy ont changé de discours.  Après avoir si complaisamment fermé les yeux, ces apprentis-sorciers semblent effrayés par la créature qu’ils ont si longuement couvée. Un peu tard tout de même ! Leurs foucades ne sont pour l’instant que des vœux pieux. Ce qu’ils susurrent à l’oreille d’ADO a beau sonner (aujourd’hui) juste, mais que veulent-ils qu’ADO fasse ? Dans l’état actuel des choses, c’est le pot de fer contre le port de terre.

Le deuxième axe de cette stratégie est la vente de la bagarre à des organisations non gouvernementales. La Côte d’Ivoire ? Du pain béni pour elles (surtout au niveau financier). Bientôt, nous allons entendre les ONG telles Amnesty International ou encore Humans Right Watch hausser le ton. Menacer. Documenter. Dévoiler. Dénoncer. Tant mieux. Car un camp ne serait prendre toute l’opprobre. Pour danser, il faut bien être deux ! Peut-être saisiront-elles par le bon bout « l’affaire IB » ?

Quant au PDCI, son silence interpelle. II ne dit rien qui vaille. A parier qu’il s’est mis en embuscade, comptant sur l’épuisement des deux rivaux pour tirer les marrons du feu. Pas sûr que ce soit la meilleure des stratégies. In fine, la greffe entre le RDR et le PDCI a-t-elle seulement pris ? Ah les rancœurs de famille. Elles sont éternelles !

En attendant, ADO et Soro me font penser à ceci :

Storytelling à l’ivoirienne

avril 13, 2011 Laisser un commentaire

La séquence diplomatique exigeait de faire vite : la Russie commençait à donner de la voix. L’Angola rappelait que pour elle, Laurent Gbagbo était le président élu. Le temps commençait à déplacer les lignes. A remettre en cause certaines « évidences » et certitudes.

La séquence politique exigeait également ce « dénouement rapide ». L’incapacité des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) à aller chercher le président honni « au fond de son trou » sapait leur légitimité. Dans le même temps, elle mettait l’eau à la bouche d’autres parties telles celles du « commando invisible » d’Ibrahim Coulibaly (IB), capable de basculer en tête et de ramener Laurent Ggabgo comme trophée de guerre, matérialisant la grande peur de Guillaume Soro, premier ministre mais surtout ministre de la défense.

D’un naturel indécis, véritable extraterrestre dans un milieu qui ne connaît que la violence (militaire pour les rebelles devenus Forces nouvelles et enfin Forces républicaines de Côte d’Ivoire – que de transhumance sémantique ; estudiantine dans le cas de Guillaume Soro), n’ayant aucunement  la mainmise sur les militaires, Alassane Dramane Ouattara s’épuisait  à empêcher les débordements dans son camp. Alors un coup de fil à Sarko, et la messe était dite : les « forces impartiales » devaient gagner la guerre tout en veillant à ce que les formes soient respectées et que les FRCI aient le beau rôle. Il fallait faire vite. Et surtout se réapproprier un champ médiatique qui commençait à se dérober sous leurs pieds.

Il fallait détourner l’attention des questions qui fâchent. En l’occurrence, la clameur de réprobation qui lézardait l’unanimisme autour de la figure aux mains immaculées d’ADO, suite aux horribles et insensées exactions commises dans l’ouest ivoirien. L’ogre médiatique tournant en rond face à cet enlisement, il était naturel qu’il aille chercher ailleurs de quoi combler son appétit. Et cet ailleurs, s’est retrouvé dans l’arrière pays, à l’ouest. Entre le 28 mars et le 10 avril, les interpellations montaient crescendo.  Le 9 avril, Daniel Bekele, responsable de l’ONG Human Rights Watch monte au créneau  « Ouattara devrait faire clairement comprendre à Guillaume Soro et aux Forces républicaines que de tels actes seront sévèrement punis par la justice ivoirienne ou par un tribunal international. »En mauvaise posture également, les forces onusiennes (taxées au mieux « d’immobilisme »).

Mis bout à bout, la chute de Laurent Gbagbo ne devait pas prendre plus de 48 heures. Et elle a pris 48 h, à partir du moment où le top a été donné. La séquence médiatique a été parfaitement préparée : intervention militaire séquencée (blocus, tirs d’hélicoptère, bataille au sol, etc.), création de l’événement (arrestation) puis rapide mousse d’une com’ comme attrape-nigaud pour pisse-copies pressés : « mais qui a donc alpagué Laurent Ggabgo » ? Ah la “question existentielle” qui fait tourner en bourrique, commentateurs, politologues, journalistes, individus lambda, etc. !

Depuis, les éléments de langage sont mis sur la table. Les symboles ont été lustrés et mis de l’avant : pas de forces françaises à l’intérieur de la présidence ; photos de Laurent Gbagbo en maillot de corps pour mieux illustrer son dénuement et sa  déchéance ; ou encore ce rictus de dépit, de peur et de pleurs refoulés qui barre son visage ; Simone Ggabgo montrée « hagard, le regard perdu », en retrait de son mari etc. Il fallait montrer que l’ennemi était à terre. Qu’il était vaincu (pour reprendre la métaphore de Simone Ggabgo). Qu’il était seul. Qu’il avait cessé d’être « immortel». Il a été conduit en chef de guerre déchu auprès de celui qui « l’a battu ». Comme pour forcer le trait à cet hôtel du Golf où Laurent Ggabgo l’avait cantonné : « si je ne vais à toi, tu viendras à moi ». La bataille médiatique a été au cœur de dispositif médiatique. Comme dans toute bataille. Et cette bataille, il y a longtemps que Laurent Gbagbo l’a perdue.

Les mythes ont été resservis comme neuf. Les illusions et les prétextes aussi.  Laurent Ggabgo retranché dans son bunker ? Pendant que le cirque médiatique martèle cette assertion, fort « opportunément » la TCI diffuse un film sur la chute d’Hitler, lui aussi retranché dans un bunker. Finalement, ce bunker s’avère être un sous-sol des plus communs dont on fait sauter la serrure par une brève rafale.  Un Laurent Ggabgo qui a profité de la trêve pour se renforcer. « Il n’avait que pour 3 jours de munitions » dixit son ancien chef des armées Philippe Mangou. Assertion faite dès… décembre. Pis, les irréductibles du palais de Cocody étaient quasiment en train de mourir de faim. Un Laurent Ggabgo déterminé, “va-t-en guerre”, jusqu’aboutiste, capable de se suicider ? Plutôt un homme qui a vite vieilli, dont les yeux et la posture inspiraient la pitié. Un homme fini, au bout du rouleau, ayant achevé sa course. Et qui dans un élan de sincérité déclare “aimer la vie”. L’armée de Laurent Gbagbo : des mercenaires aguerris ? Encore plus affamés et paumés que le chef qu’ils défendaient. Les rebelles Forces nouvelles ? Chutt ! Ils sont devenus légalistes et républicains. Ils portent haut la république au creux de leur nouvelles dénomination. Circulez, il n’y a rien à redire.

Et pendant ce temps, quelqu’un a entendu parler de bavures commises par l’armée française ? Une guerre propre on vous dit ! Ce n’est pas ce qu’affirme le « Canard Enchaîné » dans son édition du 6 avril : « A 19h30 (le 4 avril), quatre hélicos Puma, soutenus par des MI 24 de l’Onuci, commencent leur pilonnage, frappant au passage des objectifs aussi stratégiques que le CHU et un supermarché du quartier de Cocody ».

Les leurres fonctionnent à plein régime. Savoir si les forces françaises ont capturé ou pas Laurent Gbagbo mais franchement ce que l’on s’en tape. L’agitation de ceux et celles qui pourfendent les conditions de l’opération est pathétique. Le haussement de cil, un poil orgueilleux complètement ridicule de ceux et celles qui parlent d’ingérence, insupportable. Leur nationalisme sourcilleux affligeant.

La ruse fonctionne : un tel débat permet d’occuper pleinement la scène médiatique et d’occulter l’ailleurs. Pourquoi tant de pusillanimité : « À supposer que l’opération ait été une pâtisserie, la force Licorne a proposé la recette, mélangé les ingrédients et cuit le gâteau. Mais ce sont les FRCI d’Alassane Ouattara qui, sur son sommet, ont placé la cerise ». Et puis après… ?! Où est la gêne ? Sans les Français, la situation serait bloquée. Un officier français enfonce une porte ouverte. Parlant des FRCI, il précise « troupe vaillante mais peu organisée ».

La séquence médiatique a permis de réconcilier les exigences de politique interne et externe. De se réapproprier l’agenda. Elle a sauvé la mise à un ADO et à une France engagés dans de mauvais draps. Pour un temps, elle remet tout le monde en rang derrière le « président élu, reconnu par la communauté internationale » (comme cela nous est seriné sous tous les tons depuis 4 mois).

Nicolas Sarkozy a été un « monstre » du storytelling lors de sa campagne présidentielle et un an après son arrivée à l’Élysée. Le storytelling, cette science qui scénarise et personnalise les événements. Depuis son irruption sur la scène médiatique, ADO a fait du champ de la communication un axe indispensable de sa démarche médiatique : technocrate « compétent et rigoureux », « victime » de discrimination et de stigmatisation… Le costard est bien taillé. Quand Houphouët Boigny hérite du surnom de « Vieux », Bédié le « Sphinx » ou « l’éléphant blanc », Robert Guéï, le « balayeur » et Laurent Gbagbo le « boulanger ». ADO ? Mystère et boule de gomme ! En grattant vraiment, deux qualificatifs émergent : “l’enfant de Dimbroko” ou le « bravetché ». Pour mieux souligner son ancrage dans la terre de la Côte d’Ivoire, répondre à ces rumeurs « d’étranger » et montrer qu’il en a ! Mouais ! L’arrière-scène est bien entendu moins rose. Mais ADO a su contrôler son image et mettre en place les éléments de langage qui lui ont brossé une image de technocrate.

L’alliance ayant conduit Ouattara au bâtiment présidentiel est des plus hétéroclites. La communication ne masque ni le manque de vision ni celui de programme politique. Sarkozy est bien placé pour le savoir. Ceux et celles qui attendent au pas de la porte d’ADO pour un retour d’ascenseur sont plus que nombreux. Ivoiriens comme « souteneurs ».

De son côté, l’ogre médiatique a ses exigences et les gratte-papiers vont maintenant se lancer tête baissée vers d’autres leurres. Toujours  occupé à regarder le doigt. Une minorité d’entre eux toutefois va continuer à se comporter en procureur des faits. Et c’est tant mieux ainsi.

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