De l’irresponsabilité sociétale des minières à l’implication collective de tous
Les petites mains des sociétés minières s’activent dru pour mettre « la main » à la galette annuelle présentant leurs interactions avec les stakeholders, leur performance sociétale. Il y a, bien entendu et c’est heureux, de belles choses qui se font. A l’instar de ce que fait Semafo à l’endroit des femmes.
Encore une fois, sans me tromper, le prisme de lecture sera économique : nombre de projets appuyés, flux financiers directement injectés dans l’économie locale, nombre de constructions, de bourses délivrées, etc. Bref du quantitatif « pur et dur », directement issu d’une ligne de pensée que ne renieraient nullement Banque mondiale et autres soi-disant Partenaires techniques et financiers (PTF). En clé de voûte, l’incontournable RSE (Responsabilité sociétale des entreprises).
Cette RSE est un véritable cube Maggi. Elle est convoquée dans tous les discours liés à des secteurs sensibles comme l’environnement ou le secteur minier. Elle a vocation à conférer un label de bonne conduite. S’en réclamer, c’est ipso facto se ranger du bon côté. Dans certains endroits du Burkina, elle a largement vacillé en 2011. Elle a été largement tailladée, versant dans l’irresponsabilité sociétale. Je pense à des minières comme Avocet où son concept de RSE épouse les traits de la propagande. Avocet utilise le Cyanure dans le cycle de production de l’or. Elle s’est néanmoins dispensée d’adhérer aux codes de conduite essentielles pour sa crédibilité, mais surtout pour la sécurité des autres. Peut-être que les citoyens de la province du Soum ne méritaient pas pareil honneur[1]. Sous d’autres cieux… !
Il y a d’autres manières de lire la performance sociétale : divulgation de l’information, équité dans les processus (recrutement, achats, etc.), gestion des conflits, consentement des communautés, qualité du dialogue avec les stakeholders, etc. La seule préoccupation qui vaille : comment s’assurer in fine que l’impact social et économique soit nettement positif pour les communautés ?
L’arrivée, le démarrage et l’exploitation d’une mine bouleversent les schémas au sein des communautés notamment en termes de pouvoir et d’avoirs économiques. Elle délégitimisme, remplace les pouvoirs et acteurs faibles, réticents ou dissidents par d’autres. Les liens sociaux en ressortent profondément déstructurés. Comment les restaurer ? C’est là un défi nullement présent dans la problématique des rédacteurs des rapports sur la performance sociale.
La communication des minières est éminemment contrôlée. Les discours à l’endroit des stakeholders hypra-rassurants et convainquant sur les risques. Il est normal que les minières produisent des rapports, vantant leurs performances. Il s’agit d’un exercice de relations publiques ou plutôt de propagande. De l’autre côté, l’État s’est dans les grandes largeurs pleinement défaussé. La mise sur pied d’une Chambre des mines ne répond pas aux préoccupations d’indépendance, de transparence et d’imputabilité. L’État devrait consacrer autant d’énergie à la création un organisme de régulation qui donnerait, par exemple, des bonus et des malus aux acteurs engagés dans le processus. L’État devrait faire en sorte que les rapports sur la performance sociale soient indépendants, et non pas le produit du département en charge de la question chez la minière.
Partant du constat que l’État sur cette question fait mauvaise route, nous nous attelons à donner notre contribution. Ce « nous » n’est pas un « nous » de majesté mais de concertation conduite entre plusieurs. Tout le monde est invité à nous rejoindre afin que d’ici la fin du premier semestre, nous ayons un outil opérationnel, indépendant, et utile. Car il est urgent de renverser les rapports. Notamment en terme de communication.
[1] Avocet est en passe (peut-être que cela est maintenant fait) de signer l’International Cyanide Management Code http://www.cyanidecode.org/
](http://walidhicham.files.wordpress.com/2011/10/balde_512.jpg?w=600)
