La « drôle de paix » en Côte d’Ivoire, 5 mois après la fin de la guerre
Le loup Gbagbo étant attrapé et envoyé au fond diable, la loupe grossissante des médias mainstream est partie ailleurs. Ils laissent la Côte d’Ivoire intra muros, entre « gens du pays ». Mais s’y rajoutent, les amis, voisins forcés et encombrants, concernés par la gestion du post-conflit électoral.
Les manchettes et les unes des médias ne relatent plus une atmosphère d’holocauste. Ce qui nous parvient comme informations, c’est un pays qui se remet en marche. J’aimerai bien croire à cette version. J’ai du mal à y souscrire. Sous la cendre, le feu couvre : la situation à l’interne est calamiteuse. En cause, l’impunité accordée aux vainqueurs et un sentiment d’un envahissement « nordiste ».
Dans le détail, cela donne un tableau peu reluisant. Police et gendarmerie aux abonnées absentes ; désarmées par le nouveau régime en place car trop inféodées au précédent. Armée régulière ou plutôt les lambeaux de l’armée régulière consignés ; trop peu fiable (pour rester charitable).
La nature ayant horreur du vide, les « Frères Cissé », nouvelle appélation tropicalisée des FRCI ou ex-rebelles, ont table ouverte sur Abidjan et les autres villes du pays. En d’autres termes et au programme des frères Rapetou : vols, rançons, pillages pour ce dont j’en suis certain. Ils agissent en toute impunité. Ils se baladent à bord des véhicules volés dont ils ont la coquetterie d’ôter les plaques d’immatriculation. A qui obéissent-ils ? A personne, sauf aux chefs de guerre.
Ces « chefs de guerre » parlons-en. Wattao, Chérif Ousmane, Zakaria Koné, Foffiés, Morou Ouattara, Touré Hervé dit Vetcho, etc. autant d’individus dont la quasi-totalité sont des criminels de guerre. Ils n’empêchent, eux aussi ne sont pas inquiétés. Au contraire, ils sont très proches des deux têtes de l’exécutif, ADO et Soro. Aux dernières nouvelles, ils connaissent même de singulières promotions qui en disent long sur leur capacité de nuisance.
Abidjan (pour ne m’en tenir qu’à la capitale économique) se gausse de ces nombreux ministres incompétents. Comme si cela ne suffisait pas, à grands renforts de tambours médiatiques, nous les avons vus signer une charte d’éthique. Là aussi, la quasi-totalité est loin, très loin, d’être probe ! Mais ces ministres ne sont pas dupes: leur présence au gouvernement répond à un souci d’équilibre politique. ADO à l’heure de la realpolitik. Il comprend vite.
La France. Ah la France, elle est occupée à évaluer son retour sur investissement. Les amis de Sarko étant les amis d’ADO (et vice-versa), c’est le défilé au tiroir-caisse de l’État ivoirien pour Guillaume Sarkozy (frère de…), Bolloré et Bouygues notamment. Quand on aime et que l’on est entre « frères », on ne compte plus, c’est bien connu !
Pas fou et tenant à protéger la poule aux oeufs d’or, le pays à l’emblème du coq, a attribué à ADO, un conseiller militaire : général de surcroit et pour faire bonne mesure. Las ! Le pauvre est largué : personne ne lui cause. Lui-même ne cause à personne. L’Afrique, il ne connaît pas. Alors la Côte d’Ivoire et ses subtilités… Quant aux forces françaises présentes sur le sol ivoirien, elles sont en proie au dédain des généraux ivoiriens. Leur pêché est mortel : elles ont à leur tête « un simple colonel ». On a connu plus misérables mais « zenfin » !
Que dire de l’ONUCI ? Reléguée aux oubliettes par le nouveau régime. ADO, Soro et les autres feignent d’oublier qui les avait consacré. L’ONUCI, « faiseur de roi », connaît l’amertume des lendemains de victoire. Dans la moiteur ivoirienne, son personnel se tourne les pouces et compte les mouches. A l’occasion, il se fait dribbler (c’est aussi une forme d’occupation, ne soyons pas négatif ou mesquin): ses élèves officiers de police ont reçu 20 ordinateurs: une semaine plus tard ces ordinateurs avaient tous été volés.
La Côte d’Ivoire connaît une « drôle de paix » vraiment pernicieuse. Un sursaut de lucidité quelque part ?

