Guiro cale, Gando passe et Compaoré gagne

janvier 4, 2012 Laisser un commentaire

L’agneau sacrificiel est donc tombé (voir la chute du dernier post) :  Ousmane Guiro n’est donc plus Directeur Général des douanes. Quelqu’un qui venait juste (le 11-décembre) d’être décoré par Blaise Compaoré. La main droite a ignoré ce que la main gauche avait fait. OG (Original Gansta ?) a été limogé publiquement. Par décision présidentielle.

Mazette, Blaise chasse du lourd. Du gros. Nul doute que cette prise est un animal rare dans les chasses présidentielles. Sans une ni deux, c’est un président que l’on a senti énervé qui a mis fin aux fonctions du désormais ex-directeur des douanes burkinabè, Ousmane Guiro.

Il faut dire que ce dernier lui chatouillait les moustaches naissantes. Alors que le mot d’ordre était de faire profil bas (eu égard au contexte social encore explosif), monsieur jouait aux distributeurs automatiques de banque déréglés. A croire qu’il a voulu tester le Blaise nouveau. L’ancien promettait tellement, et ne faisait rien ; il était surtout tellement lent à la détente ; alors forcément… Personne n’a eu la gentillesse d’avertir OG que les temps avaient subrepticement changé et les vents aussi (temporairement) ? Que le nouvel hymne du Burkina se décline en éthique ? C’est la première fois que Blaise Compaoré réagit comme cela au quart de tour, en plus de 24 années de pouvoir, lui qui aime tant prendre le temps de prendre le temps. Même l’affaire Norbert Zongo n’avait pas provoqué une telle réaction. C’est dire la hauteur du forfait commis !

Après les ministres qui bourrent les sachets en plastique de liasses de billets (et qui se les font voler par  leurs enfants et autres), un président qui fait convoyer des sommes par djembés (dixit Pierre Péan dit Gorge Profonde), voilà maintenant, OG qui sort le grand jeu, le grand modèle : les cantines. Deux milliards de FCFA en liquide dans des cantines. Ça vous pose un homme. J’espère que ces cantines sont faites au Burkina, histoire de mettre en valeur les potentialités de nos artisans ; avec de tels artistes, nul doute que le SIAO (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou) a encore de beaux jours devant lui.

A mon humble niveau, cette histoire est comme les poupées russes. Le point de départ n’est pas la brutalité de la décision présidentielle. Elle se lit dans la confirmation de la prééminence de la gestion patrimoniale du Faso. L’illustration en est donnée par « l’élection » la nomination d’Alizèta « Gando » Ouédraogo comme présidente de la Chambre de commerce de Ouagadougou.  Cette information disponible en fin de semaine dernière a été vite, mais alors-là très vite, enterrée par l’arrestation d’Ousmane Guiro. Premier contre-feu d’allumé.

La gouvernance au Burkina est à l’humilité, conséquence des événements du premier semestre de 2011. Le summum du populisme a été atteint avec l’injonction présidentielle interdisant aux ministres d’aller en vacances. Protéger OG dans un contexte pareil allait demander des qualités inouïes de contorsionniste et des trésors d’imagination[1]. D’autant plus que le « pauvre » est un récidiviste. La décision de le sacrifier est donc à la mesure de l’affront. Nul ne doit provoquer inutilement les Burkinabè. Deuxième contre-feu.

Cela fait 24 ans que Blaise Compaoré promet de taper dans la fourmilière. Jamais, pourtant, la corruption et la concussion n’ont connu de pareils développements que sous la IVe république. Ce  sujet n’a jamais été une préoccupation première pour le premier des magistrats qu’est le président. L’immolation d’OG en pleine scène médiatique redonne à un président mal sur ses appuis, la nécessaire virginité. Elle lui fait gagner la gratitude des « bien pensants ». Surtout celle du peuple qui oublie vite et pardonne facilement. Le succès politique d’une telle mesure est assuré. Il lui permet de desserrer l’étreinte et d’avoir les coudées plus franches. Troisième contre-feu.

Face à l’enjeu que représente la conservation du pouvoir, le bison sacrificiel qu’est Ousmane Guiro n’est rien. Toutefois, gare à la surenchère.


[1] Le ministre de la justice de l’époque avait argué la non-arrestation d’Ousmane Guiro, alors DG de la douane, en mettant en avant son statut de justiciable pas ordinaire. Aujourd’hui qui a ce grain de folie pour dire urbi et orbi qu’OG n’est pas un « citoyen comme les autres » ?

Les maux du Dr Compaoré

janvier 2, 2012 Laisser un commentaire

Discours du 11-décembre. Discours du 31 décembre. L’évidence que le Dr Compaoré a l’humeur changé. Il y a comme un glissement sémantique. Ce n’est rien qu’une sonorité qui se fait de plus en plus entendre, hors de la symphonie habituelle. Depuis la crise épileptique du pays il y a quasiment un an, le Dr Compaoré a une nouvelle prescription : l’éthique. Il en a jamais assez et en tartine tous ses discours.

Blaise Compaoré est comme cela. Certains mots sont le reflet de ses maux. De sa situation personnelle. Il a alors ses mots fourre-tout qu’il utilise jusqu’à la nausée: développement solidaire, compassion, émergence. « Développement solidaire » est sa martingale. Sa trouvaille du siècle. Sa réconciliation vertueuse : le développement se doit d’être solidaire. Les « pas gentils » ont de fait transformé ce concept en oxymore : « développement solitaire ».

Compassion a fait irruption dans son arsenal des mots incontournables au sortir des attentats du 11-septembre 2001. Employé par Georges Bush Jr, ce mot sentait bon la modernité. Compassion. A chaque événement qui convoquait la peine et la douleur, ce mot était resservi. Et bang que je te présente ma « compassion ». Bigre ! Que dire de « pays émergent et de pays (ou société) de service» concept porté aux nues par le gouvernement de Paramanga Ernest Yonli. Je le suspecte d’avoir imposé ce vocable au Dr Honoré. L’émergence est le vin du pauvre ; il fleure l’ambition non assumée ; la dope illégale à laquelle le peuple doit se shooter pour accepter les contraintes de la marche en avant : économie de marché, flexibilité sociale, dérégulation, etc . Ce concept continue d’accompagner tous les plats de la communication gouvernementale.

Depuis le début 2011, c’est éthique qui est à la mode. Au cœur des événements du premier semestre 2011, quand le pouvoir a vacillé sur ses bases, l’éthique est la nouvelle colle « Araldite » qui va recoller irrémédiablement les morceaux. Aussitôt le mal détecté, aussitôt le remède a été appliqué. A chaque discours, l’éthique est désormais convoquée. Ce mot fait désormais partie de l’ADN du discours présidentiel. Il en est le sel et le piment.

Compassion aura duré 10 ans[1]. Pays émergent et pays de services voit sa série toujours en cours. Sans me tromper, je peux dire qu’éthique sera la pierre angulaire de la communication présidentielle jusqu’en 2015 ; au moins (?) !

Ces éléments de langage piègent le débat. Peut-on (l’opinion publique) y aller à l’encontre ? Il est évident que la communication de Baise Compaoré n’est pas de la stratégie. Elle relève intrinsèquement de la tactique ; du dilatoire ; de la préservation de  l’intérêt à court terme ; en attendant de jours meilleurs. La compassion s’est invitée sur la route, au service de l’effort minimal de l’État à être auprès des Burkinabè en souffrance. Elle s’est incarnée par des actes symboliques (ministres déployés avec célérité sur le front de certaines catastrophes, notamment les accidents routiers de Boromo et sur l’axe Ouaga-Lomé). L’éthique va nécessiter des éléments sacrificiels (comme sous Staline, le pouvoir se renforce en s’épurant). « L’avantage d’un symbole, c’est qu’on peut en même temps, avec un peu d’adresse, le tuer et le conserver symboliquement » a écrit un auteur. Nous en sommes là avec Blaise Compaoré.


[1] Les deux discours (11 et 31 décembre 2011) ont enterré ce qualificatif. Aucun emploi de ce mot n’a été noté.

Bonne et Heureuse Année (Mario Pelchat)

décembre 31, 2011 1 commentaire

Bonne et Heureuse Année

A tous ceux qui n’ont rien dans les bras que les battements tristes et gratuits dont les yeux brillent de toutes les larmes retenues, dont le front résonne de coups atroces et silencieux, dont les paroles ne traduisent plus les pensées parce que ces pensées sont douloureuses.

Bonne et Heureuse Année

A tous ceux dont les actes ne sont plus que des symboles, dont les attitudes sont pétries de courage, qui redressent le dos pour cacher leur peine, qui marchent seul pour marcher droit… Mais qui marchent.

Bonne et Heureuse Année

A tous les humains brisés, à tous ceux qui ne font pas ce qu’ils aiment et à tous ceux qui aiment ce qu’ils ne disent pas. À tous ceux que vous frôlez le sachant bien et à tous ceux qui vous frôlent ne le sachant même pas.

Bonne et Heureuse Année

A tous ceux qui portent en eux blessures vraies, un immense néant fait de tous les arrachements.

Bonne et Heureuse Année

A ceux dont c’est la dernière et qui s’en doutent
Et à ceux dont c’est la dernière et qui ne s’en doutent pas.
A ceux qui n’ont pas la force d’y penser et à ceux qui n’ont pas la faiblesse de l’avouer.
A ceux qui n’osent pas vous regarder, parce que leur regard, peut-être, les trahiraient.
Et qu’ils veulent garder pour eux seuls, leur terrible secret.

Bonne et Heureuse Année

A ceux qui sourient pour voiler le chagrin de leur âme, badinent pour masquer la grimace de leur cœur, crient pour taire la panique de leurs yeux, jouent la comédie pour ne pas assombrir des vies.

Bonne et Heureuse Année

A certains heureux aussi que j’oubliais, à ceux qui portent leur tête, leur cœur et leur âme aussi légèrement qu’un poids d’hélium.

Bonne et Heureuse Année
A ceux que le plaisir égare et dont le sang charrie tout l’idéal, car pour eux suffit l’apparence charnelle de la vie.

Bonne et Heureuse Année enfin

A ceux qui possèdent le détachement de l’esprit et à ceux qui soignent les corps ou les âmes,
A ceux dont le cœur bat généreusement et à tous ceux qui, luttant pour la justice, veulent établir le règne de la paix.
A tous ceux qui sont purs dans leurs pensées et leur amour.

Bonne et Heureuse Année à vous tous qui donnez un sens Divin à l’Humanité ! 

(Texte de Mario Pelchat).

Merci d’être là. Bonne et bienfaisante année 2012.

Walid H.

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J’écris dans le ventre du monde

décembre 26, 2011 Laisser un commentaire

Dernière semaine, dernière ligne droite, dernier pli hebdomadaire avant de tourner la page 2011. Quelques mots à la volée avant cette échéance.

Je blogue dans le ventre du monde. J’écris. Des mots comme des grains sacrificiels de riz jetés à la mer. Sans espoir de récolte. Juste une dérive qui se passe de commentaires. Ma dérive sur un blog ouvert pour faire pièce à mon inertie.

J’écris dans le ventre du monde, ce world wide web. Je suis enfant de ce monde, aîné du web et des blogs. Dans l’océan des égos, je réclame ma part. Je suis l’écrivain de mes douleurs. Le certificateur de mes certitudes. La vigie de mes tourments.

J’écris dans la violence de ce monde. Sa résonnance n’a jamais été la mienne. Sur la pointe des pieds, derrière l’écran, j’y entends y mettre ma dissonance. Y faire part de mes interpellations. De prétentions en ambitions, de clics furieux en écoute mal assumée, je me suis replié. Les choses vont trop vite. De mon assurance à l’insignifiance des choses écrites, et faites, j’ai fait le compte de ma suffisance.

Au gré du temps et des vents, je me suis disputé avec mon clavier. Il a rythmé mes pulsions, donné corps à mes idées. Et là, je l’ai délaissé. Les jours ont défilé, ma petite voix se faisait de moins en moins singulière, mais de plus en plus irrégulière. Les jours ont défilé implacablement, le monde, lui, inébranlable, a déroulé sa litanie. Celle qui tire source dans la nuit des temps et qui promet de couler dans nos veines jusqu’à la fin des temps.

Des supermen, usurpateurs aux infinies illusions, prévaricateurs de serments, victimes du glissement de sémantique et de la raison du plus odieux (cf. la guerre en Libye), aux dieux des stades, toujours plus fous, plus hauts, tout n’est qu’éphémère. Et tout a été disproportionné.

Le fauteuil présidentiel est tapissé d’une cigüe dont l’ingénu postérieur présidentiel se sent immunisé (parce qu’il est l’Élu). Le président en veut toujours plus. Un mandat, deux, puis trois, puis, il s’affranchit de toute pudeur : boulevard ouvert. Pourquoi se gêner.

Pour un Mali qui marche sur ses deux jambes, combien de Burkina, de Sénégal, de Cameroun, de Tunisie, d’Égypte, de Bénin (je le vois venir le Boni avec ses gros sabots), de Gambie, de Gabon, de Togo, et j’en  passe ? Qu’ont-ils encore à nous donner, ces irréductibles, si ce n’est leur certaine déchéance physique au pouvoir ! Les images d’un corps sans vie que l’on traîne du côté de Syrte font exploser ma ligne de flottaison : « plus jamais cela ».

Tout n’est que prestidigitation. Tout n’est que théâtre. Dans les coursives, un monstre à plusieurs tête, maître es qualité de l’esbroufe et de l’entubage : l’occident si mal nommé « axe du bien ». Mais aussi, notre apathie générale. Qu’elle est palpable cette insignifiance.

2011, c’est aussi, un footballeur, enfant prophétique du Cameroun au prénom biblique qui s’élève au-dessus de la mêlée avec un revenu quotidien tiré de son activité principale (mettre la balle au fond d’un filet) de 35 millions de FCFA. Du sommet de mes prétentions et aspirations, j’ai le vertige. Je ne suis ni « l’élu », ni « choisi », ni « unique », ni membre d’une quelconque coterie ; je cumule à mon corps défendant tous les handicaps. Je suis ce petit moi qui surnage, qui résiste pis que la mauvaise herbe, vacillant devant mon impuissance à concevoir un demain au quotidien meilleur qu’aujourd’hui.

Ma parcelle de vérité qu’est ce blog est un champ décati. Je me suis pourtant promis d’y revenir. Je suis comme le paysan. Je suis le paysan en fait. Je sème à tout vent, ne sachant si les éléments seront cléments ; si la récolte, en bout de course, sera au rendez-vous. « Point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer », j’ai bien retenu la leçon de mes maîtres. Mes mots, ces petits mots, qui content mes douleurs, seront livrés, d’inégales périodicités, valeurs et humeurs. Livrés et comptabilisés. Car, tout se pèse. Tout se compte. Surtout l’insignifiance !

Un canasson sous produits dopants espère une fracassante remise en piste

novembre 21, 2011 4 commentaires

Tout ! En 50 ans, au Burkina (comme ailleurs en Afrique de l’ouest francophone d’ailleurs), on aura tout essayé : les tribuns, les sages, les taiseux, les sanguinaires, les charmeurs, les dictateurs, les technocrates, les hommes providentiels, les charismatiques, les taiseux, les invisibles, les militaires, les indéboulonnables, les fils de …, les frères et sœurs de…, les croyants, les animistes, les jeunes, les vieux, les révolutionnaires, les communistes, les libéraux, etc. Tout ! Dans le lot, il est clair que les démagogues gagnent haut la main et de très loin !

Tenez, il y a même eu des regroupements bizarres du genre « Gouvernement d’union nationale ». Tout le monde dans le même bateau ; la belle et touchante trouvaille : au final qui rend compte si tout le monde est imputable? A ce jeu, un seul gagnant : le seul à ramasser la mise est le même qui a demandé aux autres de sauver le navire ; le même depuis 24 ans maintenant ! Les autres, se sont auto-sabordés. Ils se sont dissous. A force de compromissions, d’aller et retour à la mangeoire, ils n’existent plus.

Tout, je vous dis, on aura tout essayé. Au final, rien ne marche (ou si peu ; ou pas assez, c’est selon). 50 années après son émancipation politique, le Burkina court toujours (normal, vous me direz pour un étalon, emblème du pays). Derrière un mirage d’indicateurs. Derrière le développement. Derrière l’émergence. Derrière l’autosuffisance alimentaire, ou/et hydraulique, ou/et  « financière ». Derrière les Objectifs du Millénaire (OMD). Derrière le développement durable. Derrière…

Sait-il seulement derrière quoi il court, car tout au Burkina est matière à concours ? La course la plus plébiscitée au siècle dernier était « à l’orée de l’an 2000 ». Las, le 21ème siècle est là. Et l’étalon est toujours sur le pont. Encore et toujours. La langue de plus en plus pendante, le souffle de plus en plus court, l’impatience (ou plutôt l’exaspération) de sa population la plus jeune de plus en plus visible. Ça coince et grince de plus en plus.

Le pays galope avec sur son dos, des cavaliers qui changent au gré des injonctions. Ils ont toutefois comme traits communs d’être plus que bigarrés : rapaces, sangsues, paresseux, spécialistes du « il suffit de… », présomptueux, ignorants, hautains, « savent tout », etc. Tous ont un avis à dire, à donner. Tous veulent cocher, coacher, driver le pays des hommes intègres. Même si le canasson donne des signes évidents de rupture. 50 années de course sans fin, ça use énormément. Le quinquagénaire est usé. Jusqu’à la corde ?

La Haute-Volta, puis le Burkina Faso, a multiplié les produits dopants, les prises euphorisantes, les drogues dures et douces, les trucs illicites (du genre coup d’État et meurtres entre amis). Rien ! Que dalle ! Il a toujours la fringale et la … dalle ! Il est toujours aussi mal classé, perpétuellement abonné au rayon « cause perdue ».

Le trait de génie, la fulgurance « salvatrice », intervient au début des années 90. L’étalon n’en peut plus de multiplier les courses. Il se met à la recherche de la « perle rare », celui qui peut être à la fois coach, confident, partenaire d’entraînement, ami, financier, et prescripteur. Bingo ! Il en a deux pour le prix d’un : les Dupond et Dupont de l’économie et de la remise en forme. Le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. On allait voir ce que l’on allait voir. Le premier ministre d’alors, Youssouf Ouédraogo, joue les cadors, les fiers à bras : « le Burkina Faso est allé à Bretton Woods, sur ses deux pieds ». Fauché peut-être mais digne laisse-t-il percevoir en filigrane. Quelle pudibonderie. Quelle pusillanimité ! Mais quelle tartufferie !

Nos Dupond et Dupont y sont allés de gaité de cœur. Pan pan et pan : « canasson éclopé, prends cela dans les gencives ». Le tour de vis (ou plutôt l’uppercut) a complément fait exploser le corps social. Un truc qui a comme acronyme P.A.S. (Programme d’ajustement structurel) n’est vraiment pas catholique ;  l’étalon aurait dû se méfier. L’économie et le social ont été mis au PAS. L’apprêté des conditions économiques et sociales a mis KO le Burkina des petits, des débrouillards et des campagnes.

La deuxième rampe de lancement à être amorcée est le CSLP (Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté). Le piège : consultations tous azimuts auprès la plus que majorité des entités sociales, économiques et politiques, sous le sourire ravi des Dupond et Dupont et de leurs cousins, cousines, neveux et nièces (la ribambelle des bailleurs de fonds). Normal, la consensualité (bonne gouvernance, société civile acteur de premier plan, implication des partis politiques de l’autre bord) était leur nouvelle marmotte et carotte.

Un beau matin, tout ce monde (partis d’opposition, gouvernement, syndicats, société civile) s’est retrouvé dans la plus belle salle du pays pour signer l’accord : de 2000 à 2010, une seule politique sociale et économique à suivre, celle convenue ensemble. Comment un programme économique peut-il s’étaler au-delà du mandat politique ? Quid de l’alternance possible en 2005 ? Les Dupond et Dupont ont déjà acté la reconduction de Blaise Compaoré. Au cas improbable où il serait battu ou ne se représenterait pas (discussions autour de l’article 37 oblige), aucune inquiétude de leur part: les partis d’opposition ont signé le CSLP. Ils continueront donc la politique prévue. Ils feront du Blaise Compaoré sans Blaise Compaoré. Les hommes changent, la prescription reste la même. Le Canada dry[1] économique des Dupond et Dupont a tout bon. Ils sont vraiment fortiches nos spécialistes de la remise en forme, il n’y a pas à dire.

Sans les irréductibles, l’étalon s’est remis en ordre de marche pour réduire la  pauvreté. Rien que dans l’énoncé (lutte contre la pauvreté), il aurait dû sentir l’abdication résignée. Lutter contre la pauvreté veut dire en français facile ne pas l’éradiquer ; la contenir à un niveau frictionnel ; la réduire ; se résigner à vivre avec. Cela ne veut pas dire être mieux, mais rogner sur tout afin d’équilibrer. Vivre pauvre en somme. Cela n’a pas été dit clairement, mais tout le monde aura compris.

Cette belle politique a accouché d’un résultat très significatif : « entre 1994 et 2009, le seuil de la pauvreté a doublé. Cette pauvreté qui touche près de la moitié de la population est essentiellement rurale (où vit plus de 80% de la population), multidimensionnelle, à dominante féminine et jeune »[2]

Ce doit être l’incongruité de la situation qui a induit le changement de fusil d’épaule : désormais, on ne lutte plus pour réduire la pauvreté mais pour créer de la croissance. Attention, non seulement la faire de manière accélérée mais durable aussi. Vive donc la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD), nouvelle martingale du bonheur à très court terme. C’est un bel énoncé comme un fol espoir. La croissance burkinabè n’a pas généré le retrait de l’inégalité au désespoir des Dupond et Dupont. Là, tout le monde se donne 5 ans pour y arriver (la SCADD couvre la période 2011 – 2015). Comme par hasard, sa fin va coïncider avec la fin du dernier mandat de Blaise Compaoré. C’est déjà cela de pris.

La SCADD monte donc haut les couleurs : croissance oui mais forte et soutenue (durable) donc plus juste. Osons le mot : plus équitable. Si cela ne marche pas, nul doute que Dupond et Dupont vont nous sortir de leur chapeau melon un autre concept fumeux. Prévoyants comme pas deux, ils doivent d’ailleurs déjà travailler sur ce futur énoncé. L’étalon devrait se méfier. Il est certes un canasson mal classé mais pas un tocard !


[1] Boisson qui a la couleur du coca-cola, les bulles du coca-cola mais qui n’est pas du coca-cola

“Deal d’enfer” sur les sites miniers au Sahel

novembre 9, 2011 Laisser un commentaire

Un commissaire ripou ?

Un commissaire de police relevé de ses fonctions. Rien d’anormal jusque là. Relevé parce que « trop proche des intérêts des populations ». « Heu et alors… ? » comme dirait le chaland peu intéressé. Alors ? Ce sont les« responsables de la mine d’Essakane (qui) ont demandé et obtenu le départ du Commissaire Amidou Drabo du poste de police d’Essakane au motif qu’il est trop proche des populations de la localité et que par conséquent ne veille pas sur les intérêts de la mine ».  Déclaration de Jonas Hien, chargé des programmes de l’ONG ORCADE. J’ai eu les yeux explosés quand j’ai lu ceci ce matin dans les colonnes du quotidien « Le Pays ». Cela me paraissait trop « beau » pour être vrai. Ils sont plus machiavéliques que ça, nos « amis miniers ». J’ai appelé quelques contacts sur le site, dans les villages, des ressortissants de Gorom afin de me faire une idée. Tous sont allés dans le sens inverse : « ouf de soulagement ». Selon eux, « notre Commissaire » terrorisait « la population ». Il se livrerait à des pratiques délictueuses notamment envers les orpailleurs : « 50 000 FCFA par puit creusé». Il avait également fréquemment des « démêlés » avec des fournisseurs de la mine. Ce qui a « justifié » son départ. C’est donc le grand écart avec la version servie par Orcade. L’un dans l’autre, la mine opérée par le canadien IAMGOLD a « appuyé » le départ de ce commissaire « ripou » pour les uns, « gênant » pour les autres. L’un dans l’autre, la mine est-elle dans son rôle ?

Petits trafics usuels à Tongomayel

Du côté de Tongomayel, dans le Soum, province qui abrite la mine aurifère d’Inata, la bourse des certificats de résidence a explosé. De 2 000 FCFA (3 euros environ), le prix du document a connu une explosion thermonucléaire : sa délivrance coûte désormais 200 000 FCFA (300 euros environ). Toronto, Wall Street, Londres, Francfort, accrochez-vous, Tongomayel arrive ! Plus sérieusement, les principaux indexés de cette inflation sont toujours les mêmes : le maire, Saadou Tamboura, et le 1er adjoint, Issa Dicko. Ils profiteraient ainsi d’une nouvelle disposition imposée pour travailler à Inata : « être ressortissant du Sahel ». En voulant bien faire, Avocet, les autorités et la « société civile » permettent à de « petits malins » de faire de la résidence le business de leur vie. Bien entendu, ces tractations se passent en dehors de tout canevas officiel. Il serait judicieux qu’il y ait enquêtes de l’autorité centrale dans les mairies situées dans les zones minières. Il y aurait beaucoup à découvrir. En attendant, au Sahel, c’est « business as usual ». Il n’y a pas de petits profits et il n’y a pas que les compagnies minières qui franchissent la ligne rouge.

Mes guerres, mes colères et mes amours sont-ils (encore) ceux de mes cadets ?

novembre 8, 2011 2 commentaires

Patrice Lumumba, sa mémoire survit de plus en plus difficilement (DR).

Les 4 premiers résultats aléatoires compilés sur Facebook : Blaise Compaoré : 10 415 « fans » ; mais Thomas Sankara, 27 064 « fans ». Patrice Lumumba, 19 464 « fans » ; pendant ce temps, Mobutu Sesse Seko, 201 « fans » et Joseph Kabila : 24 319. Facebook ou l’instrument actuel « d’utilité et de reconnaissance sociales ».

Que reste-t-il de mes « amours trépassés » ? Toujours sur Facebook, l’éminent Professeur burkinabè Ki-Zerbo (disparu un 4 décembre 2006), 193 personnes. L’immense égyptologue sénégalais Cheick-Anta Diop, 380 « like ». Et l’iconoclaste professeur nigérien Abdou Moumouni ? Aucun « fan ». Son nom ne survit dans la mémoire collective nigérienne que parce que l’université de Niamey porte son nom. Mais et Nobert Zongo ? Juste 389 « fans ».

Décidément, les politiques, les intellectuels et le journaliste passé de vie à trépas une matinée du 13 décembre 1998, ne rameutent pas des masses. Alors, et les artistes ? Faisons, un petit tour, au petit hasard, chez ceux qui tiennent le « dancefloor ». Fally Ipupa? 110 999 « j’aime ». A la première mesure, la messe est dite.

Magic System, star dans les "bacs", dans les ondes et sur Facebook (DR).

Magic system ? Encore plus fort : 245 180 « adeptes ». Là aussi, il ne s’agit que d’un seul résultat. Il est bien vrai que ces musiciens font actuellement l’actualité. Qu’il eut été plus juste en prenant ceux qui ne sont plus. Toutefois, ceci montre qu’ils sont de leur temps. Que beaucoup se reconnaissent en eux.

De plus en plus, je constate que je me retrouve à dialoguer avec des « nostalgiques » (dixit les djeun’s). Ces derniers n’osent pas dire que nous sommes « aigris », que nous « radotons » ; disons que je les entends, toutefois, le penser très fort !

Sur ces sujets, quand j’engage la discussion avec les nés « après 1990 » (pour ne prendre qu’un exemple), j’entends souvent ce commentaire : « C’est du passé ». L’assassinat de Norbert Zong? « Vieux père – c’est ainsi qu’ils m’interpellent ; hé oui, jeune quadra, je porte des cheveux blancs-, il faut tourner la page ; il est mort maintenant ». La « nécessité » de poursuivre le dossier ? Leur réponse se fait plus précise : « Pour faire quoi ? Vieux père, il ne faut pas m’en vouloir, moi je cherche à manger. Norbert Zongo, je ne le connais pas. J’ai entendu parler de ce qu’on lui a fait. Ce n’est pas bien déh ! Blaise Compaoré, je ne l’aime pas. Il a trop duré. Il a tué ou fait tuer. En ces temps, c’était normal. Moi, je ne peux pas lui en vouloir de chercher à rester vivant. Aujourd’hui, ce que je veux, c’est qu’il diminue le prix de la tchop – nourriture-, la vie est trop dure quoi, que j’ai un emploi et un toit. Le reste, « on » va gérer! ».

Conversation tenue avec un jeune « parkeur » de motos au centre-ville. Ses réponses ont été dupliquées par d’autres de la même catégorie d’âge que lui. Alors ? Alors, le temps passe, le temps efface, les devoirs d’exigence s’affaiblissent, les idéaux mutent. Et mes colères qui va les entretenir ? Et amours où s’envoleront-ils?