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La RSE étalée entre étalons et communautés

janvier 16, 2012 Laisser un commentaire

D’un coté du ring, un truc qui transcende les clivages politiques ; de l’autre, des « pauvres types » englués dans leur misère. D’un côté du ring, une affaire qui « bien gérée » redonnera la banane au régime en place ; de l’autre, des « pelés et tondus » qui n’ont jamais eu une quelconque capacité d’influence. D’un côté, un jeu pour lequel les sacrifices de la Nation ne se discutent pas ; ils s’imposent ; de l’autre, des gens qui ont compris qu’ils ne font partie du même pays que « les gens de Ouagadougou » comme ils disent.

Pour la Coupe d’Afrique des Nations, l’État a sorti l’armurerie : plus d’un milliard pour la retransmission des matches. L’effort est à relever en ces temps de vaches maigres financières. Mieux, le premier supporter des Étalons, Blaise Compaoré himself, a donné de l’injonction. Les compagnies minières ont été « gentiment » priées de passer au guichet. Elles ont craché au bassinet, et avec le sourire siouplait, 256 millions de FCFA. Mazette ! Pendant ce temps… pendant ce temps, les greniers se vident dans le Sahel. A partir de février, ils seront complètement à sec. Les difficultés s’amoncellent. Mais, le gouvernement s’active. Les céréales seront vendues à un prix largement subventionné. C’est déjà cela de fait. Les esprits chagrins contesteront : « avec quel argent, ces déshérités paieront-ils ? ». Mais, ça, c’est une autre paire de manches !

Aux premiers frissons évoquant la famine à venir (novembre 2011), IAMGOLD a laissé « parler son cœur » : 12 tonnes de céréales pour les populations dite vulnérables. Ce geste s’inscrit dans une longue tradition d’accompagnement des populations selon le premier responsable de la société. Il a rappelé qu’en 2009-2010, IAMGOLD avait mis 200 tonnes de céréales à la disposition des populations.

IAMGOLD opère la plus grosse mine au Faso : sa capacité de production est équivalente aux 5 autres mines déjà actives dans le pays. A l’échelle africaine, la mine d’IAMGOLD fait donc partie des gros joueurs. En 2011, le cours de l’or a été très largement supérieur aux prévisions fixées par la compagnie. Le plan d’affaires a dû tabler sur un coût de production tournant autour de 600 dollars américain l’once. Cette même quantité valait plus de 1 7000 dollars américains sur le marché de l’or. Je vous laisse calculer la culbute financière.

IAMGOLD se dit championne dans l’accompagnement des communautés. Elle a même reçu un prix pour cela à Montréal (Canada). Tant mieux pour elle. Et pour ses communautés (même si sur ce point, il y a réellement matière à discussion).

12 tonnes de céréales coûtent autour d’un million de FCFA (autant dire « rien » dans la ligne de dépenses de cette compagnie). A un million de FCFA, IAMGOLD préempte son droit de ne pas la critiquer. Surtout pas sous l’angle de sa responsabilité sociétale. Elle au moins elle agit nous rétorquera-t-elle (à ce sujet, pas de nouvelles des autres minières quant à l’appui aux communautés pour faire face à la famine) ! A un million de FCFA, elle met un voile pudique sur l’éthique du discours et l’éthique de l’action. Un million de FCFA, cela fait vraiment un « cache-sexe » RSE à prix cadeau.

Encore une fois combien les minières ont mis pour la cavalcade des étalons ? 256 millions ! Contre 1 million, il n’y a pas match, c’est le cas de le dire ! En février, on sera en pleine CAN. Toutes les caméras, tous les micros seront tendus vers le Gabon et la Guinée-Équatoriale. Autant dire que ceux qui vont tomber, mourront  dans l’indifférence silencieuse.

Je n’ose même pas imaginer ce qui va se passer si les Étalons sont dans les 4 premiers. Dur dur et complétement injuste de lutter contre « l’opium du peuple ».

Les deux râteliers d’un ministre burkinabè

octobre 13, 2011 Laisser un commentaire

Zacharia Tiemtoré cumule un poste de ministre et un autre de Directeur d’une institution d’enseignement baséeà Dakar, l’Institut Africain de Management (IAM). Il a été nommé le 21 avril 2011, Ministre Délégué auprès du Ministre de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation, Chargé de l’Alphabétisation. Six mois après sa nomination, il jongle encore et toujours entre les deux postes, faisant, autant que faire se peut, la navette entre Ouaga et Dakar (il y était par exemple en août dernier

Zacharia Tiemtoré est un "obsédé du travail". Depuis 6 mois, il est ministre et directeur, exerçant dans deux capitales ouest-africaines. Très fort ! DR

). Ces jours-ci, il supervise la rentrée des classes à Dakar. Il est vrai qu’au Burkina, les cours ont pris leur vitesse de croisière. Ministre n’est vraiment pas un “job” à temps plein après tout, alors pourquoi se gêner !

Le 5 octobre, le conseil des ministres du Burkina a fait état de « violations flagrantes à l’éthique, à la gouvernance et aux règles administratives » dans « l’attribution controversée d’une réserve ayant fait l’objet d’un déclassement au secteur 4 de la commune urbaine de Koudougou ». Le Conseil « a donné instruction au ministre en charge du dossier de situer les responsabilités et de prendre les sanctions qui siéent » Dans un coin de la table, il y avait Zacharia. L’éthique, il a dû se sentir « vachement concerné » (pour parler djeuns). Quelqu’un peut-il (va-t-il) lui taper sur les doigts ?

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Le blabla de la Société des mines de Bélahouro

avril 27, 2011 3 commentaires

Sur les marchés, l’or enfonce tous les records historiques. En une décennie à peine (depuis les attentas du 11-septembre 2001), sa valeur a connu un bond supérieur à 1 000 usd. Incroyable ! Et inestimée pour un pays comme le Burkina. La plupart des études de faisabilité ont basé leurs estimations sur un coût de production compris entre 300 et 550 usd.

On voit le profit généré par cette simple hausse mécanique, toute chose étant égale par ailleurs. Mais, car il faut bien un « mais », il y a comme quelque chose de pourri au royaume de l’or. Les compagnies exploitantes sont aux anges. L’État certainement s’il ne regarde que par l’œillère des recettes générées par la transaction. Les employés locaux ? Ils font grise mine. Ceux de Taparko mènent un bras de fer avec leur direction, mettant en balance le départ du Directeur des ressources humaines, Antoine Trados. Les populations ? Celles d’Inata ruent dans les brancards. Dans ce coin du Burkina, c’est peu dire que les relations communautaires sont plus que bancales. Rien ne va plus entre la  mine et ses « hôtes ». En moins d’une semaine, les populations se sont « levées » deux fois. La dernière, c’était hier mardi. De 02h du matin à 15h30, elles ont rappelé que la dignité résidait d’abord et avant tout dans le travail.

Le son de cloche de la Société des Mines de Bélahouro (SMB) est d’un classicisme désarmant et méprisant: « Circulez, il n’y a rien à voir ». Pourtant, son Directeur du développement durable, l’anglais Nick Shirley, et ses collègues sont déclarés persona non gratta. Comment travaillent-ils ? Quelle est alors leur utilité ? Quand il s’est agi de rassurer les marchés suite aux troubles de mars et d’avril, Avocet, l’actionnaire majoritaire de la SMB, a su pondre le communiqué qu’il fallait. Quand il faut être conforme à une certaine éthique et respecter ses promesses, elle disparaît des écrans radars. Après cela, elle sera un des premières à péronner dans les cénacles réservés aux investisseurs qu’elle fait de la responsabilité sociétale, la valeur cardinale de son action au Faso. Bien sûr, vive le blabla ! Mais le blabla ne sert pas de politique à long terme ; juste de cache-sexe pour les moins curieux.

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