La RSE étalée entre étalons et communautés
D’un coté du ring, un truc qui transcende les clivages politiques ; de l’autre, des « pauvres types » englués dans leur misère. D’un côté du ring, une affaire qui « bien gérée » redonnera la banane au régime en place ; de l’autre, des « pelés et tondus » qui n’ont jamais eu une quelconque capacité d’influence. D’un côté, un jeu pour lequel les sacrifices de la Nation ne se discutent pas ; ils s’imposent ; de l’autre, des gens qui ont compris qu’ils ne font partie du même pays que « les gens de Ouagadougou » comme ils disent.
Pour la Coupe d’Afrique des Nations, l’État a sorti l’armurerie : plus d’un milliard pour la retransmission des matches. L’effort est à relever en ces temps de vaches maigres financières. Mieux, le premier supporter des Étalons, Blaise Compaoré himself, a donné de l’injonction. Les compagnies minières ont été « gentiment » priées de passer au guichet. Elles ont craché au bassinet, et avec le sourire siouplait, 256 millions de FCFA. Mazette ! Pendant ce temps… pendant ce temps, les greniers se vident dans le Sahel. A partir de février, ils seront complètement à sec. Les difficultés s’amoncellent. Mais, le gouvernement s’active. Les céréales seront vendues à un prix largement subventionné. C’est déjà cela de fait. Les esprits chagrins contesteront : « avec quel argent, ces déshérités paieront-ils ? ». Mais, ça, c’est une autre paire de manches !
Aux premiers frissons évoquant la famine à venir (novembre 2011), IAMGOLD a laissé « parler son cœur » : 12 tonnes de céréales pour les populations dite vulnérables. Ce geste s’inscrit dans une longue tradition d’accompagnement des populations selon le premier responsable de la société. Il a rappelé qu’en 2009-2010, IAMGOLD avait mis 200 tonnes de céréales à la disposition des populations.
IAMGOLD opère la plus grosse mine au Faso : sa capacité de production est équivalente aux 5 autres mines déjà actives dans le pays. A l’échelle africaine, la mine d’IAMGOLD fait donc partie des gros joueurs. En 2011, le cours de l’or a été très largement supérieur aux prévisions fixées par la compagnie. Le plan d’affaires a dû tabler sur un coût de production tournant autour de 600 dollars américain l’once. Cette même quantité valait plus de 1 7000 dollars américains sur le marché de l’or. Je vous laisse calculer la culbute financière.
IAMGOLD se dit championne dans l’accompagnement des communautés. Elle a même reçu un prix pour cela à Montréal (Canada). Tant mieux pour elle. Et pour ses communautés (même si sur ce point, il y a réellement matière à discussion).
12 tonnes de céréales coûtent autour d’un million de FCFA (autant dire « rien » dans la ligne de dépenses de cette compagnie). A un million de FCFA, IAMGOLD préempte son droit de ne pas la critiquer. Surtout pas sous l’angle de sa responsabilité sociétale. Elle au moins elle agit nous rétorquera-t-elle (à ce sujet, pas de nouvelles des autres minières quant à l’appui aux communautés pour faire face à la famine) ! A un million de FCFA, elle met un voile pudique sur l’éthique du discours et l’éthique de l’action. Un million de FCFA, cela fait vraiment un « cache-sexe » RSE à prix cadeau.
Encore une fois combien les minières ont mis pour la cavalcade des étalons ? 256 millions ! Contre 1 million, il n’y a pas match, c’est le cas de le dire ! En février, on sera en pleine CAN. Toutes les caméras, tous les micros seront tendus vers le Gabon et la Guinée-Équatoriale. Autant dire que ceux qui vont tomber, mourront dans l’indifférence silencieuse.
Je n’ose même pas imaginer ce qui va se passer si les Étalons sont dans les 4 premiers. Dur dur et complétement injuste de lutter contre « l’opium du peuple ».
