Tout ! En 50 ans, au Burkina (comme ailleurs en Afrique de l’ouest francophone d’ailleurs), on aura tout essayé : les tribuns, les sages, les taiseux, les sanguinaires, les charmeurs, les dictateurs, les technocrates, les hommes providentiels, les charismatiques, les taiseux, les invisibles, les militaires, les indéboulonnables, les fils de …, les frères et sœurs de…, les croyants, les animistes, les jeunes, les vieux, les révolutionnaires, les communistes, les libéraux, etc. Tout ! Dans le lot, il est clair que les démagogues gagnent haut la main et de très loin !
Tenez, il y a même eu des regroupements bizarres du genre « Gouvernement d’union nationale ». Tout le monde dans le même bateau ; la belle et touchante trouvaille : au final qui rend compte si tout le monde est imputable? A ce jeu, un seul gagnant : le seul à ramasser la mise est le même qui a demandé aux autres de sauver le navire ; le même depuis 24 ans maintenant ! Les autres, se sont auto-sabordés. Ils se sont dissous. A force de compromissions, d’aller et retour à la mangeoire, ils n’existent plus.
Tout, je vous dis, on aura tout essayé. Au final, rien ne marche (ou si peu ; ou pas assez, c’est selon). 50 années après son émancipation politique, le Burkina court toujours (normal, vous me direz pour un étalon, emblème du pays). Derrière un mirage d’indicateurs. Derrière le développement. Derrière l’émergence. Derrière l’autosuffisance alimentaire, ou/et hydraulique, ou/et « financière ». Derrière les Objectifs du Millénaire (OMD). Derrière le développement durable. Derrière…
Sait-il seulement derrière quoi il court, car tout au Burkina est matière à concours ? La course la plus plébiscitée au siècle dernier était « à l’orée de l’an 2000 ». Las, le 21ème siècle est là. Et l’étalon est toujours sur le pont. Encore et toujours. La langue de plus en plus pendante, le souffle de plus en plus court, l’impatience (ou plutôt l’exaspération) de sa population la plus jeune de plus en plus visible. Ça coince et grince de plus en plus.
Le pays galope avec sur son dos, des cavaliers qui changent au gré des injonctions. Ils ont toutefois comme traits communs d’être plus que bigarrés : rapaces, sangsues, paresseux, spécialistes du « il suffit de… », présomptueux, ignorants, hautains, « savent tout », etc. Tous ont un avis à dire, à donner. Tous veulent cocher, coacher, driver le pays des hommes intègres. Même si le canasson donne des signes évidents de rupture. 50 années de course sans fin, ça use énormément. Le quinquagénaire est usé. Jusqu’à la corde ?
La Haute-Volta, puis le Burkina Faso, a multiplié les produits dopants, les prises euphorisantes, les drogues dures et douces, les trucs illicites (du genre coup d’État et meurtres entre amis). Rien ! Que dalle ! Il a toujours la fringale et la … dalle ! Il est toujours aussi mal classé, perpétuellement abonné au rayon « cause perdue ».
Le trait de génie, la fulgurance « salvatrice », intervient au début des années 90. L’étalon n’en peut plus de multiplier les courses. Il se met à la recherche de la « perle rare », celui qui peut être à la fois coach, confident, partenaire d’entraînement, ami, financier, et prescripteur. Bingo ! Il en a deux pour le prix d’un : les Dupond et Dupont de l’économie et de la remise en forme. Le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. On allait voir ce que l’on allait voir. Le premier ministre d’alors, Youssouf Ouédraogo, joue les cadors, les fiers à bras : « le Burkina Faso est allé à Bretton Woods, sur ses deux pieds ». Fauché peut-être mais digne laisse-t-il percevoir en filigrane. Quelle pudibonderie. Quelle pusillanimité ! Mais quelle tartufferie !
Nos Dupond et Dupont y sont allés de gaité de cœur. Pan pan et pan : « canasson éclopé, prends cela dans les gencives ». Le tour de vis (ou plutôt l’uppercut) a complément fait exploser le corps social. Un truc qui a comme acronyme P.A.S. (Programme d’ajustement structurel) n’est vraiment pas catholique ; l’étalon aurait dû se méfier. L’économie et le social ont été mis au PAS. L’apprêté des conditions économiques et sociales a mis KO le Burkina des petits, des débrouillards et des campagnes.
La deuxième rampe de lancement à être amorcée est le CSLP (Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté). Le piège : consultations tous azimuts auprès la plus que majorité des entités sociales, économiques et politiques, sous le sourire ravi des Dupond et Dupont et de leurs cousins, cousines, neveux et nièces (la ribambelle des bailleurs de fonds). Normal, la consensualité (bonne gouvernance, société civile acteur de premier plan, implication des partis politiques de l’autre bord) était leur nouvelle marmotte et carotte.
Un beau matin, tout ce monde (partis d’opposition, gouvernement, syndicats, société civile) s’est retrouvé dans la plus belle salle du pays pour signer l’accord : de 2000 à 2010, une seule politique sociale et économique à suivre, celle convenue ensemble. Comment un programme économique peut-il s’étaler au-delà du mandat politique ? Quid de l’alternance possible en 2005 ? Les Dupond et Dupont ont déjà acté la reconduction de Blaise Compaoré. Au cas improbable où il serait battu ou ne se représenterait pas (discussions autour de l’article 37 oblige), aucune inquiétude de leur part: les partis d’opposition ont signé le CSLP. Ils continueront donc la politique prévue. Ils feront du Blaise Compaoré sans Blaise Compaoré. Les hommes changent, la prescription reste la même. Le Canada dry[1] économique des Dupond et Dupont a tout bon. Ils sont vraiment fortiches nos spécialistes de la remise en forme, il n’y a pas à dire.
Sans les irréductibles, l’étalon s’est remis en ordre de marche pour réduire la pauvreté. Rien que dans l’énoncé (lutte contre la pauvreté), il aurait dû sentir l’abdication résignée. Lutter contre la pauvreté veut dire en français facile ne pas l’éradiquer ; la contenir à un niveau frictionnel ; la réduire ; se résigner à vivre avec. Cela ne veut pas dire être mieux, mais rogner sur tout afin d’équilibrer. Vivre pauvre en somme. Cela n’a pas été dit clairement, mais tout le monde aura compris.
Cette belle politique a accouché d’un résultat très significatif : « entre 1994 et 2009, le seuil de la pauvreté a doublé. Cette pauvreté qui touche près de la moitié de la population est essentiellement rurale (où vit plus de 80% de la population), multidimensionnelle, à dominante féminine et jeune »[2]
Ce doit être l’incongruité de la situation qui a induit le changement de fusil d’épaule : désormais, on ne lutte plus pour réduire la pauvreté mais pour créer de la croissance. Attention, non seulement la faire de manière accélérée mais durable aussi. Vive donc la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD), nouvelle martingale du bonheur à très court terme. C’est un bel énoncé comme un fol espoir. La croissance burkinabè n’a pas généré le retrait de l’inégalité au désespoir des Dupond et Dupont. Là, tout le monde se donne 5 ans pour y arriver (la SCADD couvre la période 2011 – 2015). Comme par hasard, sa fin va coïncider avec la fin du dernier mandat de Blaise Compaoré. C’est déjà cela de pris.
La SCADD monte donc haut les couleurs : croissance oui mais forte et soutenue (durable) donc plus juste. Osons le mot : plus équitable. Si cela ne marche pas, nul doute que Dupond et Dupont vont nous sortir de leur chapeau melon un autre concept fumeux. Prévoyants comme pas deux, ils doivent d’ailleurs déjà travailler sur ce futur énoncé. L’étalon devrait se méfier. Il est certes un canasson mal classé mais pas un tocard !
[1] Boisson qui a la couleur du coca-cola, les bulles du coca-cola mais qui n’est pas du coca-cola
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