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Archive de la Catégorie ‘Vie économique’

La sauce aigre-douce des RH d’Écobank

janvier 24, 2012 Laisser un commentaire

Un processus de recrutement pour un poste se transforme de plus en plus en une parodie jouée par des acteurs hors concours.  Un classique des classiques. La désagréable impression de servir de prétexte. D’être la « tête de con ». D’être là pour cautionner un choix déjà ficelé.

Les recruteurs ont les mains liées par la loi. Au fil du temps, ils ont su comment contourner cette exigence réglementaire. Ils suscitent des dépôts de candidature afin d’encadrer « leur candidat ». A l’heure du choix, le processus et leur choix sont ainsi légitimés. Difficile d’y aller contre, de voir vos chances aboutir, quand vous ne comptez pas sur le « piston interne ». 

A Écobank, cela a frisé le ridicule. Une rediffusion d’une pièce jouée avec maestria. Consultation restreinte, envoi de CV, promesse que le processus ira vite. Et puis le « bug » fatal. La date donnée pour le démarrage du poste largement enfoncée. Appels sur appels pour s’enquérir, mais la situation ne change pas : pas d’information tangible des ressources humaines. « Toujours en cours ». « Dossier gelé ». « Quand nous aurons une information, nous allons vous appeler ». Un jour, la ligne frétille. Le mail s’anime. Que diable, LA décision est tombée : « malheureusement, votre candidature n’a pas été retenue ». Ces RH, si invisibles, si planquées, savent qu’il faut clore le processus pour ne pas se mettre à dos la loi. Elles se démènent pour savoir si vous avez eu l’info. Comble du ridicule, elles vous harcèlent à travers ville pour vous remettre le courrier notifiant ce refus. « Non retenu » qu’ils disent ! Qu’ils expliquent pourquoi et comment alors qu’il n’y a pas eu un seul entretien. Pas de convocation. Aucune occasion pour défendre ses chances. Sur quelle(s) base(s) alors… ? Mystère perdu dans les entrailles du coffre-fort financier.

Exclure quelqu’un sur cette base, alors que toutes les exigences liées à la compétence académique, à l’expérience de travail sont remplies, cela s’appelle comment ? Non, il ne faut pas laisser passer. Non, il ne faut pas dire que c’est normal. Encore et toujours, il faut dénoncer. L’éthique, la bonne gouvernance, l’égalité des chances entre les candidats, ce ne sont pas que des beaux mots à imprimer sur des plaquettes corporatives. Ces concepts se vivent. La banque panafricaine a mal joué sur ce coup là.

Guiro cale, Gando passe et Compaoré gagne

janvier 4, 2012 Laisser un commentaire

L’agneau sacrificiel est donc tombé (voir la chute du dernier post) :  Ousmane Guiro n’est donc plus Directeur Général des douanes. Quelqu’un qui venait juste (le 11-décembre) d’être décoré par Blaise Compaoré. La main droite a ignoré ce que la main gauche avait fait. OG (Original Gansta ?) a été limogé publiquement. Par décision présidentielle.

Mazette, Blaise chasse du lourd. Du gros. Nul doute que cette prise est un animal rare dans les chasses présidentielles. Sans une ni deux, c’est un président que l’on a senti énervé qui a mis fin aux fonctions du désormais ex-directeur des douanes burkinabè, Ousmane Guiro.

Il faut dire que ce dernier lui chatouillait les moustaches naissantes. Alors que le mot d’ordre était de faire profil bas (eu égard au contexte social encore explosif), monsieur jouait aux distributeurs automatiques de banque déréglés. A croire qu’il a voulu tester le Blaise nouveau. L’ancien promettait tellement, et ne faisait rien ; il était surtout tellement lent à la détente ; alors forcément… Personne n’a eu la gentillesse d’avertir OG que les temps avaient subrepticement changé et les vents aussi (temporairement) ? Que le nouvel hymne du Burkina se décline en éthique ? C’est la première fois que Blaise Compaoré réagit comme cela au quart de tour, en plus de 24 années de pouvoir, lui qui aime tant prendre le temps de prendre le temps. Même l’affaire Norbert Zongo n’avait pas provoqué une telle réaction. C’est dire la hauteur du forfait commis !

Après les ministres qui bourrent les sachets en plastique de liasses de billets (et qui se les font voler par  leurs enfants et autres), un président qui fait convoyer des sommes par djembés (dixit Pierre Péan dit Gorge Profonde), voilà maintenant, OG qui sort le grand jeu, le grand modèle : les cantines. Deux milliards de FCFA en liquide dans des cantines. Ça vous pose un homme. J’espère que ces cantines sont faites au Burkina, histoire de mettre en valeur les potentialités de nos artisans ; avec de tels artistes, nul doute que le SIAO (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou) a encore de beaux jours devant lui.

A mon humble niveau, cette histoire est comme les poupées russes. Le point de départ n’est pas la brutalité de la décision présidentielle. Elle se lit dans la confirmation de la prééminence de la gestion patrimoniale du Faso. L’illustration en est donnée par « l’élection » la nomination d’Alizèta « Gando » Ouédraogo comme présidente de la Chambre de commerce de Ouagadougou.  Cette information disponible en fin de semaine dernière a été vite, mais alors-là très vite, enterrée par l’arrestation d’Ousmane Guiro. Premier contre-feu d’allumé.

La gouvernance au Burkina est à l’humilité, conséquence des événements du premier semestre de 2011. Le summum du populisme a été atteint avec l’injonction présidentielle interdisant aux ministres d’aller en vacances. Protéger OG dans un contexte pareil allait demander des qualités inouïes de contorsionniste et des trésors d’imagination[1]. D’autant plus que le « pauvre » est un récidiviste. La décision de le sacrifier est donc à la mesure de l’affront. Nul ne doit provoquer inutilement les Burkinabè. Deuxième contre-feu.

Cela fait 24 ans que Blaise Compaoré promet de taper dans la fourmilière. Jamais, pourtant, la corruption et la concussion n’ont connu de pareils développements que sous la IVe république. Ce  sujet n’a jamais été une préoccupation première pour le premier des magistrats qu’est le président. L’immolation d’OG en pleine scène médiatique redonne à un président mal sur ses appuis, la nécessaire virginité. Elle lui fait gagner la gratitude des « bien pensants ». Surtout celle du peuple qui oublie vite et pardonne facilement. Le succès politique d’une telle mesure est assuré. Il lui permet de desserrer l’étreinte et d’avoir les coudées plus franches. Troisième contre-feu.

Face à l’enjeu que représente la conservation du pouvoir, le bison sacrificiel qu’est Ousmane Guiro n’est rien. Toutefois, gare à la surenchère.


[1] Le ministre de la justice de l’époque avait argué la non-arrestation d’Ousmane Guiro, alors DG de la douane, en mettant en avant son statut de justiciable pas ordinaire. Aujourd’hui qui a ce grain de folie pour dire urbi et orbi qu’OG n’est pas un « citoyen comme les autres » ?

Un canasson sous produits dopants espère une fracassante remise en piste

novembre 21, 2011 4 commentaires

Tout ! En 50 ans, au Burkina (comme ailleurs en Afrique de l’ouest francophone d’ailleurs), on aura tout essayé : les tribuns, les sages, les taiseux, les sanguinaires, les charmeurs, les dictateurs, les technocrates, les hommes providentiels, les charismatiques, les taiseux, les invisibles, les militaires, les indéboulonnables, les fils de …, les frères et sœurs de…, les croyants, les animistes, les jeunes, les vieux, les révolutionnaires, les communistes, les libéraux, etc. Tout ! Dans le lot, il est clair que les démagogues gagnent haut la main et de très loin !

Tenez, il y a même eu des regroupements bizarres du genre « Gouvernement d’union nationale ». Tout le monde dans le même bateau ; la belle et touchante trouvaille : au final qui rend compte si tout le monde est imputable? A ce jeu, un seul gagnant : le seul à ramasser la mise est le même qui a demandé aux autres de sauver le navire ; le même depuis 24 ans maintenant ! Les autres, se sont auto-sabordés. Ils se sont dissous. A force de compromissions, d’aller et retour à la mangeoire, ils n’existent plus.

Tout, je vous dis, on aura tout essayé. Au final, rien ne marche (ou si peu ; ou pas assez, c’est selon). 50 années après son émancipation politique, le Burkina court toujours (normal, vous me direz pour un étalon, emblème du pays). Derrière un mirage d’indicateurs. Derrière le développement. Derrière l’émergence. Derrière l’autosuffisance alimentaire, ou/et hydraulique, ou/et  « financière ». Derrière les Objectifs du Millénaire (OMD). Derrière le développement durable. Derrière…

Sait-il seulement derrière quoi il court, car tout au Burkina est matière à concours ? La course la plus plébiscitée au siècle dernier était « à l’orée de l’an 2000 ». Las, le 21ème siècle est là. Et l’étalon est toujours sur le pont. Encore et toujours. La langue de plus en plus pendante, le souffle de plus en plus court, l’impatience (ou plutôt l’exaspération) de sa population la plus jeune de plus en plus visible. Ça coince et grince de plus en plus.

Le pays galope avec sur son dos, des cavaliers qui changent au gré des injonctions. Ils ont toutefois comme traits communs d’être plus que bigarrés : rapaces, sangsues, paresseux, spécialistes du « il suffit de… », présomptueux, ignorants, hautains, « savent tout », etc. Tous ont un avis à dire, à donner. Tous veulent cocher, coacher, driver le pays des hommes intègres. Même si le canasson donne des signes évidents de rupture. 50 années de course sans fin, ça use énormément. Le quinquagénaire est usé. Jusqu’à la corde ?

La Haute-Volta, puis le Burkina Faso, a multiplié les produits dopants, les prises euphorisantes, les drogues dures et douces, les trucs illicites (du genre coup d’État et meurtres entre amis). Rien ! Que dalle ! Il a toujours la fringale et la … dalle ! Il est toujours aussi mal classé, perpétuellement abonné au rayon « cause perdue ».

Le trait de génie, la fulgurance « salvatrice », intervient au début des années 90. L’étalon n’en peut plus de multiplier les courses. Il se met à la recherche de la « perle rare », celui qui peut être à la fois coach, confident, partenaire d’entraînement, ami, financier, et prescripteur. Bingo ! Il en a deux pour le prix d’un : les Dupond et Dupont de l’économie et de la remise en forme. Le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. On allait voir ce que l’on allait voir. Le premier ministre d’alors, Youssouf Ouédraogo, joue les cadors, les fiers à bras : « le Burkina Faso est allé à Bretton Woods, sur ses deux pieds ». Fauché peut-être mais digne laisse-t-il percevoir en filigrane. Quelle pudibonderie. Quelle pusillanimité ! Mais quelle tartufferie !

Nos Dupond et Dupont y sont allés de gaité de cœur. Pan pan et pan : « canasson éclopé, prends cela dans les gencives ». Le tour de vis (ou plutôt l’uppercut) a complément fait exploser le corps social. Un truc qui a comme acronyme P.A.S. (Programme d’ajustement structurel) n’est vraiment pas catholique ;  l’étalon aurait dû se méfier. L’économie et le social ont été mis au PAS. L’apprêté des conditions économiques et sociales a mis KO le Burkina des petits, des débrouillards et des campagnes.

La deuxième rampe de lancement à être amorcée est le CSLP (Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté). Le piège : consultations tous azimuts auprès la plus que majorité des entités sociales, économiques et politiques, sous le sourire ravi des Dupond et Dupont et de leurs cousins, cousines, neveux et nièces (la ribambelle des bailleurs de fonds). Normal, la consensualité (bonne gouvernance, société civile acteur de premier plan, implication des partis politiques de l’autre bord) était leur nouvelle marmotte et carotte.

Un beau matin, tout ce monde (partis d’opposition, gouvernement, syndicats, société civile) s’est retrouvé dans la plus belle salle du pays pour signer l’accord : de 2000 à 2010, une seule politique sociale et économique à suivre, celle convenue ensemble. Comment un programme économique peut-il s’étaler au-delà du mandat politique ? Quid de l’alternance possible en 2005 ? Les Dupond et Dupont ont déjà acté la reconduction de Blaise Compaoré. Au cas improbable où il serait battu ou ne se représenterait pas (discussions autour de l’article 37 oblige), aucune inquiétude de leur part: les partis d’opposition ont signé le CSLP. Ils continueront donc la politique prévue. Ils feront du Blaise Compaoré sans Blaise Compaoré. Les hommes changent, la prescription reste la même. Le Canada dry[1] économique des Dupond et Dupont a tout bon. Ils sont vraiment fortiches nos spécialistes de la remise en forme, il n’y a pas à dire.

Sans les irréductibles, l’étalon s’est remis en ordre de marche pour réduire la  pauvreté. Rien que dans l’énoncé (lutte contre la pauvreté), il aurait dû sentir l’abdication résignée. Lutter contre la pauvreté veut dire en français facile ne pas l’éradiquer ; la contenir à un niveau frictionnel ; la réduire ; se résigner à vivre avec. Cela ne veut pas dire être mieux, mais rogner sur tout afin d’équilibrer. Vivre pauvre en somme. Cela n’a pas été dit clairement, mais tout le monde aura compris.

Cette belle politique a accouché d’un résultat très significatif : « entre 1994 et 2009, le seuil de la pauvreté a doublé. Cette pauvreté qui touche près de la moitié de la population est essentiellement rurale (où vit plus de 80% de la population), multidimensionnelle, à dominante féminine et jeune »[2]

Ce doit être l’incongruité de la situation qui a induit le changement de fusil d’épaule : désormais, on ne lutte plus pour réduire la pauvreté mais pour créer de la croissance. Attention, non seulement la faire de manière accélérée mais durable aussi. Vive donc la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD), nouvelle martingale du bonheur à très court terme. C’est un bel énoncé comme un fol espoir. La croissance burkinabè n’a pas généré le retrait de l’inégalité au désespoir des Dupond et Dupont. Là, tout le monde se donne 5 ans pour y arriver (la SCADD couvre la période 2011 – 2015). Comme par hasard, sa fin va coïncider avec la fin du dernier mandat de Blaise Compaoré. C’est déjà cela de pris.

La SCADD monte donc haut les couleurs : croissance oui mais forte et soutenue (durable) donc plus juste. Osons le mot : plus équitable. Si cela ne marche pas, nul doute que Dupond et Dupont vont nous sortir de leur chapeau melon un autre concept fumeux. Prévoyants comme pas deux, ils doivent d’ailleurs déjà travailler sur ce futur énoncé. L’étalon devrait se méfier. Il est certes un canasson mal classé mais pas un tocard !


[1] Boisson qui a la couleur du coca-cola, les bulles du coca-cola mais qui n’est pas du coca-cola

“Indice Ibrahim” de la bonne gouvernance

octobre 11, 2011 4 commentaires

Le classement 2011 de la Fondation Mo Ibrahim vient de tomber. Comme en 2010, c’est Maurice qui est la locomotive continentale. Comme en 2010, le Pays des hommes intègres est à la 19ème place (avec le même score de performance globale). Remarquable constance. Coïncidence de l’actualité, avec le prix Nobel octroyée à sa présidente, l’indice fait ressortir les remarquables progrès du Libéria (tout comme l’autre « ancien grand malade » de l’Afrique de l’ouest, la Sierra-Leone).

Dans le détail, le Burkina est à l’honneur. Il est mentionné dans 3 « Top 10 ». Performance vraiment remarquable pour le développement agricole avec une 3ème place continentale. Bonnet d’âne par contre pour un secteur où on ne s’y attendait pas : l’enseignement. Dans ce domaine, le Burkina fait moins bien que des pays comme la Sierra Leone et le Niger.

Développement durable : les 10 premiers pays

  1. Maurice
  2. Égypte
  3. Cap-Vert
  4. Botswana
  5. Tunisie
  6. Maroc
  7. Afrique du Sud
  8. Seychelles
  9. Namibie
  10. Burkina Faso

 Secteur agricole : Les 10 meilleurs scores

  1. Cap-Vert (87)
  2. Maurice (81) 
  3. Burkina Faso (76)
  4. Égypte (75)
  5. Tanzanie (74)
  6. Rwanda (70)
  7. Tunisie (68)
  8. Sénégal (67)
  9. Maroc (67)
  10. Bénin (66)

Enseignement : Les 10 derniers scores

44. Mozambique (36)

45. Sierra Leone (35)

46. Niger (33)

47. Burkina Faso (31)

48. Burundi (31)

49. Tchad (28)

50. Guinée-Bissau (26)

51. Angola (21)

52. République centrafricaine (17)

53. Somalie (0)

Cet indice composite vise à « devenir la principale évaluation de la gouvernance en Afrique » selon la Fondation. Il « compile 86 indicateurs regroupés en 14 sous-catégories et 4 catégories » :

- Sécurité et souveraineté du droit

- Participation et droits de l’Homme

- Développement économique durable

- Développement humain