Mamadou Diop, place des grands hommes
Du côté de Dakar, boulevard des grands hommes, place de l’Obélisque, il y a eu un craquement. Une déchirure. Une meurtrissure. Mortelle. Une course s’est arrêtée. Un juste est tombé. Mamadou Diop est parti rejoindre ces combattants de la résistance, de la liberté, de la dignité et de l’éthique : Aline Sitoé Diatta, Lat-Dior, Alboury Ndiaye, Maître Sèye, le juge Kéba Mbaye, Demba Diop, Balla Gaye, Malick Bâ, etc .
Place de l’Obélisque, à l’heure où le soleil tourne une page, un véhicule des gens d’armes a fauché l’espérance. Mamadou Diop est mort pour n’avoir pas été d’accord. Au Sénégal, en 2012, le système politique et répressif assassine sa jeunesse. Wade et sa clique font vomir. Seraient-ils anthropophages ? Le charme de l’alternance a été rompu il y a longtemps. En peu de temps, la victoire a dévalé l’escalier du triomphe pour incarner le plus profond dégoût. De 1974 à 2012, le bulletin politique du Sopi s’écrit en violence et en lettres de sang. Il couvre un chapitre peu glorieux de l’histoire sociale, politique et économique du pays, où impunité, assassinats, mal gouvernance auront connu une croissance terrifiante.
On tue à Dakar et « on » joue à l’ingénu. « On » appelle au respect des règles du « jeu démocratique »… Mais la règle a été violée. Le triste sire qui trône encore pour un temps au Palais a menti. C’est un menteur. Abdoulaye Wade, homme politique, est un menteur. Tout simplement. Il l’a reconnu : « je l’ai dit (ie. que je ne pouvais plus me présenter en 2012), aujourd’hui je me dédis ». Le fameux « waax, waaxeet ». En avocat qu’il est, il sait qu’en droit, « l’aveu et la reine des preuves ». Certains pleurent la perte de leur triple A. Wade, lui, monte haut les couleurs de son triple W. Quelle indigence de sa conscience et de sa responsabilité morales ! Wade est totalement habité par le pouvoir. Il y a longtemps que la mesure et la raison l’ont déserté.
Alors oui, les mots ne veulent plus dire. Car les mots ne sont qu’une rationalité alignée. En l’espèce au Sénégal, il y a longtemps qu’elle a sombrée sous le joug d’intérêts partisans. Wade est indifférent au sort des gens, il n’en a que pour sa renommée. Qui mieux que Karim Wade, le « meilleur d’entre tous », pour écrire sa postérité, se dit le « clan » avec une voix de plus en plus sourde! Même si « ce génie » n’a même pas pu convaincre ses voisins dans le quartier de sa naissance aux municipales de 2009. Même si ce citoyen à part entière n’a pas voté en 2000, faute de disposer d’une carte d’identité sénégalaise ! 3W et les siens ne sont pas à une absurdité criminelle près !
Mamadou Diop n’est plus. Place de l’Obélisque, le sang qui s’est enfui de son corps, s’est mêlé au goudron. Mamadou Diop est le boulevard des grands hommes. A jamais ! L’Histoire a le sens du discernement.