Mamadou Diop, place des grands hommes

février 6, 2012 Laisser un commentaire

Du côté de Dakar, boulevard des grands hommes, place de l’Obélisque, il y a eu un craquement. Une déchirure. Une meurtrissure. Mortelle. Une course s’est arrêtée. Un juste est tombé. Mamadou Diop est parti rejoindre ces combattants de la résistance, de la liberté, de la dignité et de l’éthique : Aline Sitoé Diatta, Lat-Dior, Alboury Ndiaye, Maître Sèye, le juge Kéba Mbaye, Demba Diop, Balla Gaye, Malick Bâ, etc .

Place de l’Obélisque, à l’heure où le soleil tourne une page, un véhicule des gens d’armes a fauché l’espérance. Mamadou Diop est mort pour n’avoir pas été d’accord. Au Sénégal, en 2012, le système politique et répressif assassine sa jeunesse. Wade et sa clique font vomir. Seraient-ils anthropophages ? Le charme de l’alternance a été rompu il y a longtemps. En peu de temps, la victoire a dévalé l’escalier du triomphe pour incarner le plus profond dégoût. De 1974 à 2012, le bulletin politique du Sopi s’écrit en violence et en lettres de sang. Il couvre un chapitre peu glorieux de l’histoire sociale, politique et économique du pays, où impunité, assassinats, mal gouvernance auront connu une croissance terrifiante.

On tue à Dakar et « on » joue à l’ingénu. « On » appelle au respect des règles du « jeu démocratique »… Mais la règle a été violée. Le triste sire qui trône encore pour un temps au Palais a menti. C’est un menteur. Abdoulaye Wade, homme politique, est un menteur. Tout simplement. Il l’a reconnu : « je l’ai dit  (ie. que je ne pouvais plus me présenter en 2012), aujourd’hui je me dédis ». Le fameux « waax, waaxeet ». En avocat qu’il est, il sait qu’en droit, « l’aveu et la reine des preuves ». Certains pleurent la perte de leur triple A. Wade, lui, monte haut les couleurs de son triple W. Quelle indigence de sa conscience et de sa responsabilité morales ! Wade est totalement habité par le pouvoir. Il y a longtemps que la mesure et la raison l’ont déserté.

Alors oui, les mots ne veulent plus dire. Car les mots ne sont qu’une rationalité alignée. En l’espèce au Sénégal, il y a longtemps qu’elle a sombrée sous le joug d’intérêts partisans. Wade est indifférent au sort des gens, il n’en a que pour sa renommée. Qui mieux que Karim Wade, le « meilleur d’entre tous », pour écrire sa postérité, se dit le « clan » avec une voix de plus en plus sourde! Même si « ce génie » n’a même pas pu convaincre ses voisins dans le quartier de sa naissance aux municipales de 2009. Même si ce citoyen à part entière n’a pas voté en 2000, faute de disposer d’une carte d’identité sénégalaise ! 3W et les siens ne sont pas à une absurdité criminelle près !

Mamadou Diop n’est plus. Place de l’Obélisque, le sang qui s’est enfui de son corps, s’est mêlé au goudron. Mamadou Diop est le boulevard des grands hommes. A jamais ! L’Histoire a le sens du discernement.

Coach Blaise prépare un tir de 35 mètres pour 2015

janvier 26, 2012 Laisser un commentaire

Sur les terrains de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), les Étalons ne galopent pas de manière rassurante. Qu’à cela ne tienne, ils occupent parfaitement l’espace médiatique. Parfait pour Blaise Compaoré. Tout fana de foot qu’il est, le locataire du palais de Kosyam n’oublie pas son agenda politique.

A court terme, la révolution au sein de l’appareil dirigeant de « son » parti, le CDP.  Ainsi, « les historiques » Simon Compaoré (maire de la ville de Ouagadougou depuis … 1995) et Roch Christian Marc Kaboré (président de l’assemblée nationale, longtemps présenté comme un successeur crédible au grand Sachem) devront céder leur place. Si cela se confirme, dame Rumeur réaffirmera son statu de première source crédible d’informations au Faso.

A long terme, Blaise Compaoré sait bien que son horizon politique à la tête du Burkina est bouché. Question d’époque pour prendre un argumentaire simple. Même si les politiques n’aiment pas préparer de successeur (ils ont la désagréable impression de préparer leur enterrement), il va bien falloir qu’il y souscrive.

Alors, il prépare un dégagement des 35 mètres. Un lob pour sauter « le bloc équipe » de l’opposition. Son tir va en direction d’un de ses chouchous : Djibrill Bassolé, actuel ministre des affaires étrangères. Dans l’ombre, Djibrill Bassolé est aussi un des sécurocrates du régime. Il n’a pas été gendarme pour rien !

Beaucoup de facteurs concourent à ce que Djibrill Bassolé soit dans les petits papiers de Blaise. Parler de Djibril Bassolé c’est faire un portrait en creux de Blaise Compaoré, tellement les similitudes sont flagrantes. Djibrill Bassolé, est un taiseux qui n’aime rien de tel que l’ombre. Il est au carrefour de réseaux d’influence (notamment maçonniques), grand chouchou de la France, grand amateur des ors de la république et des plaisirs de la vie. Actuellement de tous les compagnons de la révolution, il est aussi celui qui présente le plus de garanties pour Blaise et pour son clan. Véritable ombre portée de Blaise, il est LE fidèle parmi les fidèles. Il n’a jamais eu envers « son boss » un mot plus haut que l’autre. Il a même endossé certaines accusations en protégeant son patron. Cela ne peut pas nuire, il a également une longue pratique du pouvoir.

A l’extérieur du pays, Djibrill Bassolé a une certaine aura du fait de son rôle dans la diplomatie du pays. A l’interne, son  image est « neutre » dans l’opinion. Même si cela est à nuancer : beaucoup n’ayant jamais évalué la possibilité qu’il soit en première ligne.

La construction de l’image présidentielle de Djibrill Bassolé passe par l’imposition de sa crédibilité à l’interne. Déjà, le présent gouvernement a été bâti pour lui, autour de lui. LAT n’est qu’un prétexte. Le vrai détenteur du pouvoir, celui vers qui la lumière médiatique se tourne, c’est bien Djibril Bassolé.

La stratégie de Blaise prend en compte les réticences qui vont surgir, notamment au sein du CDP. Le président sait aussi qu’il dispose de 2 ans pour réussir ce dégagement qui conditionne son avenir personnel.

Autre enjeu pour Blaise Compaoré, la mainmise sur le processus électoral. Les élections ne se gagnent plus sur le bourrage des urnes, il faut procéder en amont. L’enrôlement biométrique est un pari qui a toutes les chances de ne pas être gagné en 2015. Tant du fait de l’incapacité du gouvernement et des partis politiques que du défi technique posé. Par ailleurs, Gemalto est une compagnie française. Ce n’est vraiment pas un hasard qu’elle soit sortie gagnante du processus. Son pedigree en matière électoral est loin d’être fameux. En Côte d’Ivoire, au Bénin, le bilan est loin d’être positif. Elle a un atout indéniable aux yeux de certains au Faso : elle est française. Ce qui pour une élite aux petits soins envers tout ce qui vient de « Paris » veut dire beaucoup !

La sauce aigre-douce des RH d’Écobank

janvier 24, 2012 Laisser un commentaire

Un processus de recrutement pour un poste se transforme de plus en plus en une parodie jouée par des acteurs hors concours.  Un classique des classiques. La désagréable impression de servir de prétexte. D’être la « tête de con ». D’être là pour cautionner un choix déjà ficelé.

Les recruteurs ont les mains liées par la loi. Au fil du temps, ils ont su comment contourner cette exigence réglementaire. Ils suscitent des dépôts de candidature afin d’encadrer « leur candidat ». A l’heure du choix, le processus et leur choix sont ainsi légitimés. Difficile d’y aller contre, de voir vos chances aboutir, quand vous ne comptez pas sur le « piston interne ». 

A Écobank, cela a frisé le ridicule. Une rediffusion d’une pièce jouée avec maestria. Consultation restreinte, envoi de CV, promesse que le processus ira vite. Et puis le « bug » fatal. La date donnée pour le démarrage du poste largement enfoncée. Appels sur appels pour s’enquérir, mais la situation ne change pas : pas d’information tangible des ressources humaines. « Toujours en cours ». « Dossier gelé ». « Quand nous aurons une information, nous allons vous appeler ». Un jour, la ligne frétille. Le mail s’anime. Que diable, LA décision est tombée : « malheureusement, votre candidature n’a pas été retenue ». Ces RH, si invisibles, si planquées, savent qu’il faut clore le processus pour ne pas se mettre à dos la loi. Elles se démènent pour savoir si vous avez eu l’info. Comble du ridicule, elles vous harcèlent à travers ville pour vous remettre le courrier notifiant ce refus. « Non retenu » qu’ils disent ! Qu’ils expliquent pourquoi et comment alors qu’il n’y a pas eu un seul entretien. Pas de convocation. Aucune occasion pour défendre ses chances. Sur quelle(s) base(s) alors… ? Mystère perdu dans les entrailles du coffre-fort financier.

Exclure quelqu’un sur cette base, alors que toutes les exigences liées à la compétence académique, à l’expérience de travail sont remplies, cela s’appelle comment ? Non, il ne faut pas laisser passer. Non, il ne faut pas dire que c’est normal. Encore et toujours, il faut dénoncer. L’éthique, la bonne gouvernance, l’égalité des chances entre les candidats, ce ne sont pas que des beaux mots à imprimer sur des plaquettes corporatives. Ces concepts se vivent. La banque panafricaine a mal joué sur ce coup là.

La RSE étalée entre étalons et communautés

janvier 16, 2012 Laisser un commentaire

D’un coté du ring, un truc qui transcende les clivages politiques ; de l’autre, des « pauvres types » englués dans leur misère. D’un côté du ring, une affaire qui « bien gérée » redonnera la banane au régime en place ; de l’autre, des « pelés et tondus » qui n’ont jamais eu une quelconque capacité d’influence. D’un côté, un jeu pour lequel les sacrifices de la Nation ne se discutent pas ; ils s’imposent ; de l’autre, des gens qui ont compris qu’ils ne font partie du même pays que « les gens de Ouagadougou » comme ils disent.

Pour la Coupe d’Afrique des Nations, l’État a sorti l’armurerie : plus d’un milliard pour la retransmission des matches. L’effort est à relever en ces temps de vaches maigres financières. Mieux, le premier supporter des Étalons, Blaise Compaoré himself, a donné de l’injonction. Les compagnies minières ont été « gentiment » priées de passer au guichet. Elles ont craché au bassinet, et avec le sourire siouplait, 256 millions de FCFA. Mazette ! Pendant ce temps… pendant ce temps, les greniers se vident dans le Sahel. A partir de février, ils seront complètement à sec. Les difficultés s’amoncellent. Mais, le gouvernement s’active. Les céréales seront vendues à un prix largement subventionné. C’est déjà cela de fait. Les esprits chagrins contesteront : « avec quel argent, ces déshérités paieront-ils ? ». Mais, ça, c’est une autre paire de manches !

Aux premiers frissons évoquant la famine à venir (novembre 2011), IAMGOLD a laissé « parler son cœur » : 12 tonnes de céréales pour les populations dite vulnérables. Ce geste s’inscrit dans une longue tradition d’accompagnement des populations selon le premier responsable de la société. Il a rappelé qu’en 2009-2010, IAMGOLD avait mis 200 tonnes de céréales à la disposition des populations.

IAMGOLD opère la plus grosse mine au Faso : sa capacité de production est équivalente aux 5 autres mines déjà actives dans le pays. A l’échelle africaine, la mine d’IAMGOLD fait donc partie des gros joueurs. En 2011, le cours de l’or a été très largement supérieur aux prévisions fixées par la compagnie. Le plan d’affaires a dû tabler sur un coût de production tournant autour de 600 dollars américain l’once. Cette même quantité valait plus de 1 7000 dollars américains sur le marché de l’or. Je vous laisse calculer la culbute financière.

IAMGOLD se dit championne dans l’accompagnement des communautés. Elle a même reçu un prix pour cela à Montréal (Canada). Tant mieux pour elle. Et pour ses communautés (même si sur ce point, il y a réellement matière à discussion).

12 tonnes de céréales coûtent autour d’un million de FCFA (autant dire « rien » dans la ligne de dépenses de cette compagnie). A un million de FCFA, IAMGOLD préempte son droit de ne pas la critiquer. Surtout pas sous l’angle de sa responsabilité sociétale. Elle au moins elle agit nous rétorquera-t-elle (à ce sujet, pas de nouvelles des autres minières quant à l’appui aux communautés pour faire face à la famine) ! A un million de FCFA, elle met un voile pudique sur l’éthique du discours et l’éthique de l’action. Un million de FCFA, cela fait vraiment un « cache-sexe » RSE à prix cadeau.

Encore une fois combien les minières ont mis pour la cavalcade des étalons ? 256 millions ! Contre 1 million, il n’y a pas match, c’est le cas de le dire ! En février, on sera en pleine CAN. Toutes les caméras, tous les micros seront tendus vers le Gabon et la Guinée-Équatoriale. Autant dire que ceux qui vont tomber, mourront  dans l’indifférence silencieuse.

Je n’ose même pas imaginer ce qui va se passer si les Étalons sont dans les 4 premiers. Dur dur et complétement injuste de lutter contre « l’opium du peuple ».